La dictature du bonheur – essai

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Mon premier essai, La dictature du bonheur, est sorti en librairies le 1er avril 2015. Même si je gagne ma vie depuis plus de quinze ans avec ma plume, je reportais souvent à plus tard le projet d’écrire un livre, faute de temps et, disons-le, parce que j’étais légèrement paralysée par le doute et la peur de l’échec. Comme beaucoup de gens, je crois! Et puis, un jour, quelqu’un a lu un reportage que j’avais écrit sur la quête du bonheur pour ELLE Québec et m’a présenté la belle équipe de VLB Éditeur. À partir de là, tout s’est enchaîné très vite. Bien que la recherche sur le sujet m’occupe depuis longtemps, le livre a été écrit dans une période très intense de six mois.  Une très belle expérience qui m’a donné envie de recommencer bientôt.

À propos du livre:

L’industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et « positive », parfois au mépris de la réalité. Marie-Claude Élie-Morin l’a réalisé de la manière la plus intime qui soit au décès de son père. Dans ce livre, elle expose avec humour et discernement les vicissitudes d’une manière de penser qui fait que beaucoup de gens en arrivent à se blâmer d’être malades, malheureux, seuls ou pauvres. À force de nous répéter que nous sommes les seuls artisans de notre bien-être, la dictature du bonheur ne serait-elle pas en train de nous isoler des autres et de nous couper de nous-mêmes ?

Un extrait du livre ici

On peut se le procurer ici 

 

 

Peut-on pleurer au travail?

Crédit à venir
Illustration : crédit à venir

ELLE Québec, 2013

Il vous est peut-être déjà arrivé de vous réfugier dans les toilettes du bureau pour verser quelques larmes. Vous n’êtes pas la seule! Les émotions sont souvent mal vues au travail, et créent un sentiment de honte chez la personne qui les vit. Pourtant, lorsqu’elles sont bien exprimées, elles peuvent enrichir notre vie professionnelle.

Quand Elle Québec m’a proposé d’écrire sur l’émotivité au boulot, je ne me doutais pas que je me retrouverais bientôt incapable de contenir mes propres émotions pendant mes heures de travail. Pourtant, j’étais prise dans un tourbillon depuis des mois: mon père était très malade et j’effectuais de nombreux allers-retours pour lui rendre visite à l’hôpital. J’avais néanmoins réussi à compartimenter ma vie de façon à ce que mon travail n’en souffre pas trop. Pas question de laisser la tristesse m’empêcher de livrer la marchandise, hein? Mon père est mort peu de temps avant Noël. Puis, début janvier, et à quelques jours de mon 35e anniversaire, mon amoureux m’a annoncé qu’il voulait rompre après quatre ans de vie commune. C’en était trop! Un jour, j’ai dû quitter précipitamment un meeting important pour me réfugier dans les toilettes parce que j’étais incapable de retenir mes larmes. Un peu gênant de revenir s’assoir après 20 minutes, les yeux et le nez rougis… Quelques jours plus tard, alors que j’étais au téléphone avec un client exigeant, je me suis entendue soupirer bruyamment, exaspérée. Mon interlocuteur n’a pas semblé apprécier. Garder mon chagrin dans un petit compartiment fermé à clé pendant les heures de travail? Ce n’était plus possible.

Je suis loin d’être la seule à m’être laissé emporter par les émotions au boulot. Élizabeth, 34 ans, responsable de la programmation dans un théâtre, m’a confié avoir pleuré de rage devant sa patronne un peu brouillonne qui avait égaré une réservation de salle. Catherine, 26 ans, coordonnatrice dans une agence de pub, m’a avoué avoir déjà «pété sa coche» lorsqu’elle se trouvait seule au bureau, tard le soir – puis d’avoir prié pour que les caméras de surveillance n’aient pas capté sa crise de larmes! Curieusement, les hommes que j’ai interrogés ne se souvenaient pas d’avoir été émotifs au travail. Il semble que les femmes soient les seules à se réfugier dans les toilettes pour verser quelques larmes…

La journaliste américaine Anne Kreamer a interviewé 700 hommes et femmes pour son ouvrage It’s Always Personal: Emotion in the New Workplace. Son constat: les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à avoir déjà exprimé leurs émotions au boulot (par exemple, 41% des femmes qu’elle a interrogées ont déjà pleuré au bureau, comparativement à 9 % des hommes).

Ce qui ne veut pas dire que les gars n’expriment jamais ce qu’ils ressentent dans un contexte professionnel…«Les hommes manifestent leurs émotions différemment: ils se retirent dans le silence, deviennent plus impatients, plus autoritaires ou plus colériques», fait remarquer Sylvie Giasson, auteure de La dépression n’était pas dans mon plan de carrière.

Le hic, selon Anne-Cécile Sarfati, rédactrice en chef adjointe de Elle France et auteure de l’ouvrage Être femme au travail, c’est que le monde du travail est encore dominé par des valeurs masculines, comme la force de caractère et la maîtrise de soi, et que les épanchements sont considérés comme un signe de faiblesse. «Dans les sociétés occidentales, même si les femmes sont de plus en plus nombreuses, le travail est encore pensé par les hommes, pour les hommes», souligne la journaliste française. Voilà pourquoi tant de femmes croient qu’elles ont un comportement inadéquat dès qu’elles ne parviennent pas à contenir leurs larmes.

Ce qui joue également contre elles, c’est qu’on interprète plus favorablement les émotions si elles sont exprimées par un représentant de la gent masculine. «Un homme ému au point d’avoir la larme à l’oeil est vu comme ayant une belle sensibilité. Alors qu’on dit d’une femme qui pleure au travail qu’elle « craque » ou qu’elle « pète les plombs »», fait remarquer Anne-Cécile Sarfati.

On n’a qu’à penser au vidéo de Barack Obama versant quelques larmes lors d’un discours qu’il prononçait devant son équipe électorale à la suite de sa réélection en 2012.Pour la majorité des commentateurs politiques, cet épisode a montré la grande humanité du président américain. Mais aurait-on accueilli avec autant d’admiration ces remerciements larmoyants s’ils avaient été prononcés par Hillary Clinton? Que non! croit la psychiatre américaine Judith Orloff: «Les hommes supportent très mal de voir une femme pleurer. D’ailleurs, des recherches ont montré que la vue et même l’odeur des larmes féminines font baisser leur taux de testostérone et éveillent en eux un sentiment d’échec et de faiblesse. Or, dans un contexte de performance professionnelle, la testostérone est essentielle pour les hommes, puisque cette hormone leur permet de passer en mode « guerrier ». Voilà pourquoi ils réagissent souvent avec colère et mépris devant une collègue qui larmoie.»

Un changement de valeurs s’opère toutefois dans la sphère professionnelle. On le doit au nombre croissant de femmes qui sont promues à des postes de gestion, mais aussi à l’arrivée de la génération Y sur le marché du travail. «Ces jeunes travailleurs cherchent davantage à être authentiques et ont un rapport différent à l’autorité, explique Anne-Cécile Sarfati. Ils ont été encouragés dès l’enfance à exprimer leurs états d’âme et tolèrent donc mal les systèmes d’autorité rigides, qui les empêchent de le faire. Ils manifestent également plus volontiers leur enthousiasme ou leur engouement, peu importe leur sexe.» Signe des temps, la directrice générale de Facebook, Sheryl Sandberg, avouait il y a quelques mois qu’elle avait déjà pleuré au travail. Lors d’un discours prononcé devant les nouveaux diplômés de la Harvard Business School, la femme d’affaires a confié qu’elle n’hésitait pas à exprimer ses espoirs et ses peurs à ses collègues et qu’elle s’attendait à ce que ceux-ci fassent de même. «Je ne crois pas que nous ayons un moi professionnel du lundi au vendredi et un moi personnel le reste du temps. Imposer ce genre de barrière n’a jamais fonctionné et, dans le monde d’aujourd’hui, où on cherche des voix authentiques, vraies, c’est encore plus absurde», affirmait l’auteure d’En avant toutes, un essai sur les raisons pour lesquelles les femmes ont du mal à grimper les échelons professionnels.

Celles qui s’imposent un corset émotif dès qu’elles mettent un pied au bureau devraient-elles prendre exemple sur Sheryl Sandberg? La psychothérapeute Valérie Colin-Simard croit que oui. «En survalorisant l’intellect au détriment de leurs émotions, les femmes privent le monde du travail de quelque chose de très précieux. Les émotions nous fournissent des renseignements importants sur les situations et les gens qui nous entourent. Nous avons tout avantage à les écouter», affirme l’auteure de l’essai Masculin-féminin: la grande réconciliation, qui prône une réhabilitation des valeurs féminines dans la sphère professionnelle.

Selon le neurologue américain Antonio Damasio, nous aurions d’ailleurs tort de croire que nos sentiments entravent notre raison. Ses recherches ont plutôt démontré qu’éprouver de la joie ou encore de la peur jouerait un rôle crucial dans les décisions que nous prenons chaque jour. C’est ce qui explique notamment pourquoi l’intuition est souvent de meilleur conseil qu’une réflexion longuement murie.

«On sous-estime la richesse et le potentiel des émotions au travail, croit Sylvie Giasson. Lorsque celles-ci sont bien canalisées et exprimées, elles favorisent l’innovation et la collaboration dans les entreprises puisqu’elles nourrissent le dialogue entre les employés.» Le concept d’intelligence émotionnelle, popularisé par le psychologue américain Daniel Goleman, va d’ailleurs dans ce sens. Il semble en effet que les employés qui ont un bon «quotient émotionnel», c’est-à-dire qui sont capables de reconnaître et de bien communiquer leurs émotions, mais aussi de faire preuve d’empathie envers les autres, auraient de meilleures possibilités d’avancement que leurs collègues qui possèdent les mêmes compétences qu’eux. De plus, contrairement à la croyance selon laquelle la vie personnelle ne doit pas interférer avec le travail, des études menées par la firme de sondage américaine Gallupont montré qu’il existe un lien très fort entre le fait de tisser des relations interpersonnelles avec ses collègues et celui d’être satisfait de sa vie professionnelle. Et qui dit amitié dit confidences au sujet de ce qu’on ressent… De quoi nous convaincre que la boîte de mouchoirs a bien sa place dans le tiroir de notre bureau, à côté de l’agrafeuse et des post-it!

Les émotions au travail, c’est bien, mais il faut apprendre à les apprivoiser! Voici six trucs pour vous aider à y parvenir:

On respire par le nez!

Les émotions sont comme des vagues. Quand on est envahie par la tristesse, la frustration ou la peur, on se rappelle de prendre quelques profondes respirations pour calmer nos battements cardiaques et nous détendre. On s’inspire de la méditation et on porte notre attention sur les sensations corporelles qu’on ressent à ce moment-là. Ça nous permet d’apaiser la tempête intérieure qui nous agite et de revenir à un état plus gérable.

On prend du recul au besoin.

On ne devrait pas être gênée de dire: «Excusez-moi, cette situation me rend mal à l’aise, peut-on en reparler un peu plus tard, quand j’aurai eu la chance d’y penser un peu?» On peut aussi trouver un petit prétexte pour s’absenter quelques minutes et revenir une fois qu’on aura retrouvé notre calme. Ainsi, on évite de dire ou faire des choses sur le coup de l’émotion qu’on pourrait regretter plus tard.

On évite d’accumuler les frustrations.

Lorsque la colère ou les larmes se manifestent, c’est souvent parce qu’on n’a pas su dire ce qui n’allait pas avant que la marmite déborde. On prend donc l’habitude d’exprimer poliment et calmement nos insatisfactions, au jour le jour, à nos collègues et à nos supérieurs.

On pratique la communication non-violente.

On parle au je, donc on nomme ce qu’on ressent en évitant d’accuser les autres. On adopte aussi la technique du «sandwich». On commence par dire ce qu’on apprécie, on explique ensuite ce qui nous pose problème et on termine en demandant à l’autre de nous aider à trouver une solution positive.

On entretient de bonnes relations avec nos collègues.

L’empathie et les attitudes amicales rendent les milieux de travail moins austères et permettent d’exprimer plus librement ce qu’on ressent.

On reconnaît nos torts si on a gaffé.

On n’a pas pu s’exprimer de manière constructive? On s’excuse auprès des personnes qu’on aurait pu blesser. On a pleuré comme une Madeleine et on se sent gênée? On évite de culpabiliser et on se rappelle qu’on est humaine, après tout!

 

 

 

 

 

 

Et si on laissait tomber le prince charmant?

Quand on a rencontré notre Chéri, on était aussi émoustillée en sa présence qu’une fille au régime devant un comptoir de macarons. Les papillons, les atomes crochus, les conversations passionnantes où on découvrait tous nos points communs, du genre «Moi aussiiiii, j’adoooore l’humour british!» L’amour, quoi!

Mais après quelques années de vie commune, la déception a remplacé les papillons. «Est-ce vraiment l’homme qu’il me faut?» chuchote perfidement notre petite voix intérieure. On rêvait d’une union romantique et épanouissante auprès d’une âme soeur avec qui on serait profondément heureuse pour la vie. Mais au quotidien, pour être honnête, l’humour british nous fait moins rire, et on s’ennuie ferme par moments. «Où est mon Prince Charmant?» répète avec insistance notre petite voix intérieure.

Mauvaise nouvelle: il n’existe pas. Pire encore: à force de courir après lui, on risque de perdre l’homme en chair et en os qui est à nos côtés.

Un mythe tenace

 «Le hic, c’est que le mythe du Prince Charmant est répandu dans notre culture», croit Lori Gottlieb, auteure du best-seller Épousez-le! Selon elle, ce fantasme a toujours existé, comme en témoigne l’histoire de la littérature. «Autrefois, cependant, la distinction entre la fiction et la réalité était très nette. Les lecteurs de Jane Austen au 19e siècle, par exemple, savaient que ses romans n’étaient que pure fiction romantique. De nos jours, la frontière entre le mythe et la réalité apparaît plus floue. On ne tolère plus ce qui n’est pas extraordinaire », ajoute la psychologue.

Il faut dire que notre société nous y pousse fortement: bercées de comédies hollywoodiennes depuis notre enfance, la plupart d’entre nous confondent cinéma et vie réelle…

Nous vivons également dans un monde où les choix à notre portée n’ont jamais été aussi nombreux. Qu’il s’agisse d’acheter un jean ou de négocier un forfait pour un cellulaire, la surabondance de choix a de quoi nous donner le tournis. Et c’est la même chose côté amour: alors que nos grands-mères demeuraient avec le même homme toute leur vie, nous avons la possibilité de changer d’amoureux dès que l’envie nous en prend!

Pas étonnant, dans ces conditions, que beaucoup de femmes soient déçues lorsque leur vie de couple n’est pas aussi satisfaisante qu’elles le rêvaient. Elles rompent et passent au partenaire suivant, mais l’insatisfaction revient! Et les vedettes populaires en rajoutent. Jennifer Lopez, 43 ans et récemment divorcée pour la troisième fois, déclarait par exemple il y a quelques mois en entrevue au réseau ABC: «Mon plus grand rêve est celui de vivre un conte de fées. Je veux me marier à nouveau, car je ne laisserai jamais tomber ce rêve.»

Un prince pour me compléter

La culture populaire nous répète donc inlassablement la même histoire. Celle où l’héroïne tombe enfin sur le «bon» gars, l’âme soeur. Sylvain Seaborn, psychothérapeute, y voit un relent de nos rêves de petites filles. «Le fantasme du Prince Charmant persiste parce que ça rejoint le rêve infantile, toujours présent chez plusieurs femmes, de rencontrer quelqu’un qui va enfin les compléter, quelqu’un qui va réparer leurs faiblesses et leurs failles mais qui va aussi leur renvoyer une image idéalisée d’elles-mêmes. C’est une attitude très narcissique, car ça implique que leur valeur est si grande qu’elles ne peuvent être satisfaites qu’avec un partenaire idéal ou que dans une relation idéale.»

Sylvain Seaborn, qui reçoit des couples dans son bureau toutes les semaines, précise que les femmes ne sont pas seules à rêver du conte de fées. «Beaucoup d’hommes aspirent aussi à trouver la « princesse charmante », et espèrent que leur partenaire les adulera et les considérera fantastiques en toutes circonstances», poursuit-il.

Ce narcissisme, on l’observe dans les attentes – de plus en plus grandes – à l’égard du couple. Comme l’explique le sociologue Paul Amato dans son essai Alone Together: How Marriage in America Is Changing, le couple a connu des bouleversements majeurs depuis les années 1970. «Autrefois, on considérait que le travail en équipe et la coopération étaient les clés d’un mariage heureux. Aujourd’hui, on recherche une satisfaction personnelle à travers la relation. Il ne suffit plus pour les femmes de trouver un homme bon avec qui elles pourront bâtir une famille, elles doivent trouver un homme avec qui elles pourront vivre l’amour et s’épanouir complètement», écrit-il.

Lire la suite sur le site du ELLE Québec

 

Questionnaire à choix multiples

Fait vécu.

INTÉRIEUR-SOIR

Mascouche Plomberie Liquidation

Acte II, scène 1342

Il est 20h30. Le jeune couple a sa journée dans le corps et n’a pas eu le temps de manger avant de se taper une heure de bagnole en pleine heure de pointe dans l’espoir de trouver un meilleur deal qu’à la plomberie du coin. Parce que la plomberie, mes amis, ça coûte cher. Surtout quand on ne la veut pas Made in China.

Mais revenons à notre petit couple. Fatigué, l’énergie et l’enthousiasme chutant au même rythme que le taux de sucre sanguin. La bouche un peu pâteuse et les yeux rougis par les néons. Voilà plus d’une heure que la très gentille vendeuse s’occupe d’eux, en leur expliquant des choses passionnantes comme  la différence entre un robinet de douche avec commande thermostatique et un robinet balancé. Dans le magasin, il y a 150 modèles de robinetterie. Sans parler des bases de douches, des portes coulissantes ou à pivot, des baignoires, des toilettes, des lavabos, alouette.

VENDEUSE : C’est vraiment juste un aperçu. J’en ai des milliers d’autres en catalogue, alors c’est sûr qu’on va trouver quelque chose.

ELLE : Ok… celui-là, je l’aime, mais la poignée pourrait pas être plus fine?

LUI : Me semble qu’on serait bien à Cuba.

VENDEUSE : ….. (regard incertain)

ELLE : Oui, chéri, moi aussi je suis tannée, mais c’est quoi le rapport avec le robinet, là?

LUI : Ben quoi? Le communisme a ses vertus dans une situation comme ça! À Cuba il y aurait UN modèle de robinet, UN modèle de toilette, UN modèle de douche. Tu l’aimes pas? Tant pis, y’en a pas d’autres. En 5 minutes, on aurait fini! »

ELLE : Ben oui, ce serait super, pis en sortant de notre nouvelle douche, on pourrait aussi se faire dénoncer par nos voisins pour avoir critiqué le régime castriste.

VENDEUSE : Heu. Peut-être que vous en avez assez vu pour ce soir?

***

Épilogue

Ça avance, fin septembre 2009. Le rez-de chaussée est décloisonné, la nouvelle porte s'en vient et les horribles colonnes corinthiennes s'en vont bientôt, j'ai hâte 😉

Le commentaire du chéri m’a quand même fait réfléchir. Le projet avance (voir photos), mais je suis complètement dépassée par le nombre de décisions à prendre et par la multiplicité des choix pour chacune de ces décisions. Je n’avais jamais réalisé à quel point ce projet deviendrait une suite ininterrompue de tergiversations.

Post-démolition, fin juin 2009. Poussière, bonjour!
Couloir, vue en rentrant, printemps 2009. On rêve d'abattre les murs.

Déjà, à l’étape des plans, on hésitait entre plusieurs scénarios (futur billet à ce sujet). Ensuite on a longtemps magasiné la porte-fenêtre surdimensionnée qui viendra éclairer le rez-de-chaussée (On a abouti chez Alumilex). On a aussi hésité sur le type d’isolation à privilégier (uréthane au soya giclée, finalement). Et maintenant que la finition approche, c’est dément. Sur le chantier, les ouvriers nous attendent chaque jour avec leurs listes de questions. « Des moulures ou pas? Si oui, quelle couleur? En MDF ou en bois ? Quelle largeur? La toilette, tu la veux à 15 pouces ou 18 pouces du mur? L’évier, tu le veux centré dans l’ilôt de cuisine ou sur un côté? Qu’est ce que vous prenez comme céramique?»….

Miss perfectionniste ici présente en arrache. Je sais que c’est bête et superficiel, mais ça m’empêche de dormir. Le hamster mental est sur les stéroïdes.

Il paraît que je ne suis pas la seule. Son livre remonte à quelques années, mais sa thèse tient toujours la route. En 2004, le psychologue Barry Schwartz signait The Paradox of Choice: Why More Is Less. Selon lui, l’abondance de choix (de consommation et autres) dans les sociétés occidentales nous rend en fait plus malheureux qu’autre chose. C’est qu’à force de se faire présenter une kyrielle d’options, de la confiture sur nos toasts à la voiture qu’on conduit, on finit par prendre nos décisions en pensant davantage aux choix écartés et aux opportunités potentiellement manquées qu’à l’objet qu’on a choisi. Du coup, les choses dont on s’entoure ont le parfum des regrets….

À méditer.

Pour ceux que ça intéresse, Barry Schwartz résume sa pensée en 20 minutes top chrono sur le (toujours génial) site de TED.

Procrastination, quand tu nous tiens.

Les dangers de la procrastination au travail

Pourquoi faire aujourd’hui ce qu’on peut remettre à demain? C’est la devise du procrastinateur chronique. Mais tout le monde l’a déjà prononcée, avec des conséquences parfois désastreuses. Anatomie d’un mal répandu.

par Marie-Claude Élie Morin

Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 2
février 2009

Marie-France est une virtuose de la procrastination. Du plus loin qu’elle se souvienne, cette trentenaire qui œuvre dans le milieu de la mode à Montréal a toujours reporté ses obligations à la dernière minute. «Comme je m’en sortais toujours assez bien, j’ai fini par me sentir invincible et les retards sont devenus la norme, raconte-t-elle. J’étais devenue la championne des excuses. Je disais, par exemple, que j’avais cherché du tissu à carreaux partout et que personne ne m’avait rappelée, alors que j’avais fait un seul appel.»

Sa procrastination chronique a fini par la rattraper et les conséquences ont été dures : contrats perdus, dettes et problèmes financiers importants, angoisse, crises de panique et tutti quanti. Aujourd’hui, elle tente de changer ses habitudes, une journée à la fois.

Problème commun

Marie-France est loin d’être la seule à faire de la procrastination un mode de vie. Selon le chercheur Joseph R. Ferrari, professeur de psychologie à l’Université DePaul, à Chicago, presque tout le monde procrastine à divers degrés et environ 20 % de la population adulte souffre de procrastination sévère ou chronique, qui s’étend à tous les aspects de la vie. «Nous avons mené des études aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, au Pérou, au Venezuela et ailleurs : la proportion est la même globalement. Et ça touche aussi bien les femmes que les hommes», affirme- t-il.

Si la procrastination ne discrimine pas selon le sexe ou la nationalité, Joseph R. Ferrari précise que le phénomène est plus présent chez les cols blancs que chez les cols bleus. «On peut supposer qu’il est plus difficile de procrastiner sur une chaîne de montage que lorsqu’on gère soi-même son temps», explique-t-il. Le chercheur ajoute que ce trait de caractère est plus fréquent chez les employés que chez les professionnels indépendants, et plus courant chez les vendeurs que chez les gestionnaires.

Sans parler des nouvelles technologies, censées accroître la productivité, mais qui font également office d’armes de distraction massive. «Autrefois, les travailleurs s’agglutinaient autour de la machine à café pour discuter. Aujourd’hui, ils procrastinent devant leur écran d’ordinateur. En 2001, une étude américaine a révélé que 50 % du temps que les travailleurs passaient sur Internet au travail était en fait de la procrastination. Imaginez, Facebook n’avait même pas encore vu le jour!» fait valoir Timothy Pychyl, professeur en psychologie et spécialiste de la procrastination à l’Université Carleton, à Ottawa.

Satisfaction immédiate

«La procrastination est un échec de l’autorégulation. Essentiellement, on éprouve un sentiment désagréable par rapport à une tâche et on succombe à l’envie de se sentir mieux en repoussant cette tâche, explique Timothy Pychyl. Nous avons évolué depuis l’âge de pierre et il est aujourd’hui possible de prévoir les choses à très long terme, mais le cerveau humain est ainsi fait qu’il préfère la gratification immédiate.»

Selon Joseph R. Ferrari, trois types de motivation se cachent derrière la procrastination. L’excitation anime ceux qui carburent à l’adrénaline et aiment le sentiment d’urgence de l’heure limite. Ils sont convaincus qu’ils travaillent mieux sous pression, même si c’est faux. «Les recherches montrent que le travail effectué à la dernière minute est systématiquement de moins bonne qualité que le travail fait à temps ou à l’avance par les mêmes individus», affirme-t-il.

D’autres remettent leurs tâches aux calendes grecques afin d’éviter à tout prix l’échec (ou la réussite, de peur que davantage soit attendu d’eux dans le futur). Enfin, certains procrastinent pour contourner l’angoisse créée par la prise de décision.

Attention : la procrastination et la paresse ne sont pas à confondre. «Les procrastinateurs travaillent très fort à ne pas faire ce qu’ils devraient, estime Joseph R. Ferrari. Ils trouvent mille autres tâches (faire du lavage, réorganiser leurs tiroirs) pour reporter celle qui leur répugne.» En revanche, le paresseux n’est pas forcément un procrastinateur. «Il peut accomplir toutes ses tâches, mais il prend des raccourcis», explique Timothy Pychyl.

Autosabotage

Continuellement remettre les choses à plus tard n’est pas sans conséquence. Stress inutile, sentiment de culpabilité, estime de soi diminuée, conflits interpersonnels, congédiement et même problèmes de santé peuvent être au rendez-vous.

Pour les organisations, les effets se comptent en espèces sonnantes et trébuchantes. «Chaque année, les entreprises rapportent des millions de dollars en pertes liées à l’absentéisme ou à la faible productivité et je crois qu’il y a un lien à faire avec la procrastination», souligne Joseph R. Ferrari.

Il ajoute que les coûts de la procrastination sont énormes sur le plan des relations au travail. «Parce qu’ils sont souvent en état d’urgence ou de crise, les procrastinateurs nuisent aux efforts d’équipe et peuvent causer beaucoup de détresse à leurs collègues.»

Chassez le naturel…

À une époque où les employeurs prônent la productivité à tout crin, la procrastination est bien mal vue. Mais faut-il absolument l’enrayer? «Je ne milite pas pour l’obsession du travail et il faut un équilibre entre le travail et la détente, précise Timothy Pychyl, mais les procrastinateurs n’ont pas d’équilibre. Ils font TOUT à la dernière minute.»

Josée Blondin, psychologue du travail et fondatrice de la firme-conseil InterSources, à Laval, hésite à condamner d’emblée les procrastinateurs. «On a parfois l’impression qu’un individu procrastine parce qu’il ne termine pas le travail rapidement, mais il faut voir si les attentes et l’échéancier qu’on lui a présentés étaient clairs, si les délais étaient réalistes et s’il avait les outils pour effectuer ces tâches.» Le procrastinateur a parfois de bonnes raisons de remettre les choses à plus tard.

Ce qui n’empêche pas Joseph R. Ferrari de se désoler de la propension de bon nombre d’entre nous à tout faire à la dernière minute. «Nous vivons dans une culture qui valorise la procrastination, comme en témoignent la frénésie du shopping et les soldes de dernière minute à la veille de Noël.» Or, il estime que la société ne reconnaît pas l’ampleur des problèmes occasionnés par cette mauvaise habitude, comme la détresse psychologique et les pertes financières. «Il faudrait récompenser ceux qui font les choses à l’avance. Ne croyez-vous pas que les gens paieraient leurs impôts plus rapidement, par exemple, s’ils étaient récompensés monétairement en soumettant leur déclaration à l’avance?» Bonne question.

Comment arrêter de procrastiner

  • Commencez tout de suite! Il suffit parfois de s’atteler ou de s’obliger à faire une tâche qui nous répugne pendant 15 minutes pour partir sur une lancée, se sentir mieux et s’apercevoir que ce n’était pas si terrible après tout.
  • Assumez vos émotions négatives. On procrastine pour éviter une tâche qui déplaît ou qui fait peur. N’essayez pas de faire autre chose pour vous sentir mieux et gardez le cap sur votre objectif à long terme.
  • Soyez honnête envers vous-même. Les procrastinateurs sont des champions quand vient le temps de trouver excuses et faux-fuyants. Cessez de dire que vous travaillez mieux sous pression ou que vous aurez davantage envie de faire quelque chose demain : les experts ont démontré que c’est faux.
  • Établissez vos priorités et respectez-les. Faites des listes de tâches et commencez par ce qui est le plus important, voire le plus désagréable. Ne faites pas l’erreur de passer plus de temps à dresser des listes qu’à faire les choses inscrites sur les listes.
  • Essayez la méditation. Elle apprend à garder son attention sur un objet précis (sa respiration, par exemple), et à la ramener calmement vers cet objet quand l’esprit s’égare. Utile lorsqu’on est facilement distrait.
  • Acceptez le fait que la bataille sera souvent à recommencer. Changer ses habitudes est un processus qui exige de la patience. Prenez les choses un jour à la fois.
  • Demandez de l’aide. Si la procrastination a envahi plusieurs sphères de votre vie, qu’elle nuit à votre emploi, vos finances et vos relations, consulter un psychologue peut se révéler salutaire.