Suivre sa voie

Publié dans Carrières d’avenir 2011, Éditions Jobboom

Suivre sa voie

Affronter la désapprobation de vos parents sur votre choix de carrière, ce n’est pas facile. Malgré le malaise, il serait bon de chercher à savoir pourquoi ils sont en désaccord avec vos aspirations. Vous pourriez ainsi pousser plus loin votre réflexion et valider votre intérêt.

par Marie-Claude Élie Morin

Les parents de Simon Gouache le voyaient devenir médecin ou dentiste. Lui-même a longtemps cru qu’il s’agissait de la seule avenue possible. Pour éviter de les décevoir, il s’est imposé des études en biologie à l’Université McGill et a échoué deux fois aux examens d’entrée en médecine dentaire à l’Université de Montréal. Dégoûté, il a fait un virage à 180 degrés à 21 ans en choisissant un métier artistique. Un choix qui a mal passé auprès de ses parents.

«Mon père et ma mère sont médecins, mon oncle et ma tante aussi et mon frère est en voie de le devenir. Depuis l’enfance, j’avais l’impression que la seule option pour moi était de suivre leurs traces. Mais les sciences étaient loin de me passionner, et je n’avais pas les résultats scolaires requis pour entrer en médecine», raconte-t-il.

Aujourd’hui diplômé de l’École nationale de l’humour, Simon écrit ses propres spectacles et se produit fréquemment sur scène. Il travaille aussi comme concepteur-rédacteur chez Taxi, une agence de publicité de Montréal. «Si je n’avais pas pris cette chance en allant passer les auditions à l’École de l’humour, je ne sais pas comment j’aurais gardé le goût de vivre», confie-t-il en pesant ses mots.

Questionnez pour comprendre leurs inquiétudes //

L’histoire de Simon n’est pas un cas d’exception. «Plusieurs adultes dans la quarantaine viennent me consulter, car ils sont épuisés et déprimés. Ils réalisent soudain que le métier qu’ils ont choisi pour répondre aux espoirs parentaux ne correspond pas à leurs goûts ni à leurs champs d’intérêt», constate François Lefort, psychologue du travail.

Mais cela ne veut pas dire que vous devez rester sourd aux objections de vos parents. «Car parfois, ils ont raison de s’inquiéter!» s’exclame Caroline Paquet, conseillère d’orientation, psychologue et médiatrice familiale en cabinet privé à Québec. «Je pense entre autres aux filles qui annoncent qu’elles veulent être mannequins, ou aux garçons qui souhaitent devenir joueurs de hockey professionnels. Ce ne sont pas des carrières impossibles, mais il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Le parent peut craindre, avec raison, que son enfant n’ait pas une perception assez réaliste du métier qui l’attire.»

Même son de cloche de la part de Jean- Sébastien Lévesque, conseiller d’orientation à l’école secondaire Jean-Grou, à Montréal.

«En général, devant des métiers plus artistiques ou issus de la formation professionnelle, plombier par exemple, les parents craignent que l’emploi soit précaire, mal rémunéré ou mal vu socialement. Ce sont des questions valables.»

Si vos parents expriment ce genre d’inquiétudes, informez-vous davantage pour dresser un portrait réaliste du métier dont vous rêvez, suggère le conseiller. Précisez, par exemple, les salaires, les programmes de formation et les aptitudes nécessaires. Cette démarche vous amènera à mieux évaluer le sérieux de vos aspirations professionnelles. «Si vous souhaitez, par exemple, devenir comédien sans jamais avoir participé à du théâtre amateur, c’est mal parti, observe-t-il. Idem si vous rêvez de gagner 100 000 $ par année à titre de mécanicien.»

Faites vos preuves //

Les réserves exprimées par les parents doivent donc être vues comme autant de pistes pour vérifier à quoi ressemble le quotidien dans votre métier idéal. Caroline Paquet suggère aux jeunes de tout faire pour répondre clairement aux questions et aux inquiétudes de leurs parents. «Faites des recherches sur les débouchés, rencontrez quelqu’un qui fait ce métier-là. Et rapportez les résultats de votre enquête à vos parents. S’ils vous voient prendre votre choix au sérieux et vous investir dans une telle recherche, ils pourraient devenir plus flexibles», précise-t-elle.

«Idéalement, essayez de maintenir le dialogue, ajoute François Lefort. Demandez à vos parents de raconter comment ils ont eux-mêmes choisi leur métier, suggère-t-il. Cela peut s’avérer un exercice puissant pour alimenter la discussion.» En cas de conflit difficile à résoudre, n’hésitez pas à aller consulter un conseiller d’orientation – à l’école ou en bureau privé. Il peut jouer un rôle de médiation en rencontrant aussi vos parents.

Allez au bout de votre projet //

Cependant, malgré toutes les bonnes intentions du monde, le désaccord des parents peut perdurer. C’est ce qui est arrivé à Simon. «Au moment où j’ai annoncé à mes parents que je laissais tomber les sciences pour m’inscrire en humour, je vivais encore à la maison. On aurait dit que je venais de leur dire que je voulais être berger en Afghanistan! Le climat a été lourd et pénible pendant plusieurs mois. J’avais vraiment l’impression qu’ils ne croyaient pas en moi, mais j’ai arrêté d’essayer de les convaincre à tout prix. Quand ils ont constaté à quel point j’étais motivé et heureux, ils ont tranquillement changé d’attitude», raconte-t-il.

Rares, en effet, sont les parents qui restent de glace en voyant leur enfant s’épanouir.

Aujourd’hui, la mère de Simon ne rate aucun de ses spectacles. Et son père, quoique plus discret, a eu du mal à contenir sa fierté récemment lorsqu’il a appris que l’humoriste Sylvain Larocque admirait le talent de Simon. «Je suis content qu’ils aient changé d’avis, mais je suis surtout content d’avoir fait à ma tête», conclut-il, sourire en coin.

 

«L’art dramatique, je ne paierai pas pour ça!»

Le soutien moral de papa et de maman c’est bien, leur soutien financier c’est encore mieux. Quoi faire si vos parents menacent de vous couper les vivres si vous choisissez tel ou tel programme?

Bien sûr, vous pouvez travailler à temps partiel durant vos études et faire une demande de prêts et bourses, mais il y a d’autres solutions. Caroline Paquet suggère notamment d’essayer de négocier une entente avec vos parents. «Un parent réticent pourrait délier les cordons de sa bourse si le jeune prend des engagements concrets, dit la conseillère d’orientation. Par exemple, le parent paie à condition que les résultats scolaires soient excellents, ou encore il s’engage à payer la moitié des coûts.» Vous pourriez aussi aller chercher le soutien financier d’autres membres de votre famille comme vos grands-parents, oncles et tantes.