Le fiasco : Part 2!

Un malheur ne vient jamais seul, dit l’adage. En d’autres mots, quand ça va mal, ça va mal!

Dans mon dernier billet, je vous racontais nos déboires pour faire sabler, teindre et enfin re-sabler nos planchers. Au début décembre, nous en étions au sixième mois des travaux et pressés de terminer.

Dans un projet de rénovation comme celui que nous avons entrepris, il n’y a pas seulement les coûts de main d’œuvre et de matériaux à prendre en considération. Chaque mois où nous n’occupons pas les lieux équivaut aussi à un paiement hypothécaire « dans le vide », sans compter les frais pour se loger ailleurs pendant les travaux. C’était prévu au budget, mais le budget, justement, commençait à atteindre ses limites. Sur le plan personnel, après six mois passés à consacrer tous nos temps libres au projet, on aurait bien aimé pouvoir emménager dans la maison pour les Fêtes et s’y reposer quelques jours. Notre naïveté me fait aujourd’hui sourire.

Bref, nous avions eu des mauvaises surprises avec le premier sablage des planchers. L’application de la teinture avait révélé des stries et marques abondantes, signe que le sablage avait été fait à la va-vite avec, possiblement, une sableuse défectueuse.

L’entrepreneur avait accepté de venir constater les dégâts et, après discussion, nous avait offert de tout re-sabler, à ses frais. Pourquoi lui confier à nouveau du travail après qu’un de ses employés nous ait livré une telle « job de cochon », comme on dit ? Nous aurions préféré qu’il nous remette simplement notre argent. Mais il nous a promis de veiller personnellement à ce que le travail soit bien fait. Débordés par toutes les autres choses à faire, nous étions soulagés de ne pas avoir à trouver et payer un autre entrepreneur.

Échaudés par l’épisode de la teinture, on a choisi de laisser le bois au naturel, et d’y appliquer seulement un vernis à l’eau transparent. Depuis le début de ce projet, nous essayons de faire des choix en accord avec nos valeurs écologiques. Acheter des produits locaux, récupérer et réutiliser autant que possible certains éléments, et surtout, choisir des produits avec le moins d’impact possible sur notre santé et la planète (On a par exemple choisi d’isoler la maison avec de la mousse à base d’huile de ricin).

Pas question, donc, de faire la finition des planchers au vernis à l’huile. Le « cristal » de Varathane utilisé pendant des années dans les maisons est hautement toxique et plusieurs études ont montré qu’il s’agissait d’un produit carcinogène. Depuis le 9 septembre 2010, le gouvernement du Canada a emboîté le pas aux États-Unis et appliqué une mesure qui interdit la fabrication et l’importation au Canada de vernis excédant 350gCOV/L et interdit la vente de ces mêmes produits à partir du 9 septembre 2012. Les vernis à l’huile ont de plus fortement tendance à jaunir, masquant la couleur naturelle du bois.

Habitués de travailler avec ces produits – qui sont aussi beaucoup moins chers que les nouveaux produits au latex – depuis des années, certains entrepreneurs en finition de planchers ont fait des provisions de vernis à l’huile avant la fin de leur production et font fi de la loi en continuant de les offrir à leurs clients. Je l’ai constaté en faisant faire différentes soumissions.

Pour ma part, je ne veux rien savoir d’un produit qui requiert de vider son réfrigérateur et de quitter les lieux pendant des jours tellement il est toxique! Quand notre entrepreneur (Sam, de son prénom), nous a proposé d’utiliser un apprêt-scellant comme première couche avant le vernis, je lui ai donc fait répéter, à lui et à son employés, au moins 5 fois qu’il ne s’agissait PAS d’un produit à l’huile. Il nous a assuré qu’il utilisait les produits au latex de marque Finitec, et que l’apprêt en question ne dégageait presque aucune odeur.

Mais quand Patrick est allé jeter un coup d’œil en fin de journée après l’application dudit scellant, il a été accueilli par des vapeurs toxiques tellement fortes que ses yeux ont larmoyé. Il s’est empressé d’ouvrir les fenêtres pour aérer, mais l’odeur a persisté pendant des jours. Heureusement que notre gentil locataire du troisième était absent!

Le lendemain, Sam nous a répété que le produit utilisé n’était pas à l’huile, et que l’odeur était temporaire. Il était un peu trop tard pour s’obstiner, le produit était appliqué. Est-ce qu’on se faisait mentir en pleine face? Étions-nous trop sensibles aux odeurs? On nageait en plein inconnu.

Nous nous étions entendu avec lui que la couche finale de vernis serait appliquée plus tard, une fois nos armoires de cuisine installées, pour éviter les égratignures.

Avec la première couche de vernis appliquée, nous avons constaté (encore!!!) des marques inégales un peu partout, et même des flaques et gouttes de produit séché. Nous avons pointé ces défauts du doigt à Sam, qui nous a assuré qu’avant la couche finale, il passerait une polisseuse qui égaliserait le tout, et que la dernière couche de vernis serait appliquée impeccablement. Nous avons conclu une entente verbale : si la finition n’est pas à notre goût et les défauts ne sont pas corrigés, nous ne payons pas.

Flaque et éclaboussures de vernis séché laissées après la première couche.

Vous me voyez venir, j’imagine. La cuisine était livrée le lendemain. Pas le choix d’avancer et de se croiser les doigts pour que Sam soit digne de notre confiance. Le 22 décembre, ça y est, les armoires sont installées. La peinture est bien avancée et nous  avons travaillé d’arrache-pied pour tout ranger et nettoyer pour la couche finale de vernis. Au petit matin, les employés de Sam se pointent pour effectuer le travail. Vers 17h, nous nous rendons sur le chantier pour évaluer le travail.

Encore une «job de cochon ». Nous sommes enragés, au bord de la crise de nerf.

Maintenant, c’est difficile de savoir laquelle des trois couches (scellant, deux vernis) est en cause. Patrick appelle Sam pour lui dire, pas très gentiment, que nous lui paierons pas un sou noir pour ce travail dégueulasse. Il s’excuse profusément, arrive 15 minutes plus tard, engueule son employé au téléphone devant nous et nous promet d’être là le lendemain matin pour corriger le tout lui-même.

Le lendemain matin, Patrick et moi sommes sur place, pratiquement collés tous les deux aux talons de Sam, épiant par-dessus son épaule pendant qu’il ré-applique le vernis.

Après 150 pieds carrés, ça devient évident que la dernière couche n’arrange rien. Les marques de décoloration et les stries ne disparaîtront pas. Sablage mal fait? Scellant (à l’huile?) mal appliqué ? Sam est incapable de nous dire pourquoi le plancher est aussi moche.

Notre patience a FINALEMENT atteint sa limite. Bye, bye Sam. Prends tes cliques, tes claques et ne touche plus à rien, s’il vous plaît.

Son annonce est encore sur Kijiji. Il vous souhaite Bonne Année 2011. Nous on aimerait qu’il se fasse ch… beaucoup en 2011, et on envisage de porter plainte contre lui à la R.B.Q. Ou de le dénoncer à La Facture. Sauf qu’on a été cons et qu’on a pas de facture, justement.

Postface :

En guise de cadeau de Noël, Gerardo est descendu du ciel pour nous sauver. Gerardo, c’est l’expert en finition de planchers référé par notre tireur de joints. Il est venu constater les dégâts de Sam le 27 décembre, en plein congé des Fêtes, et s’est pointé dès le 4 janvier pour re-sabler le rez-de-chaussée et faire des retouches au deuxième (le plancher d’origine à l’étage a été trop grugé par les incompétents de Sam pour subir un autre sablage en entier). Minutieux. Honnête. Gerardo nous a confirmé que Sam nous avait escroqué en utilisant un produit à l’huile tout en nous facturant un produit au latex trois fois plus cher (Les produits au latex, ça ne sent VRAIMENT presque rien). Et grâce à lui, notre plancher a été rescapé. Merci, Gerardo.