L’architecture du bonheur

_DSC1328-138-7UNE CONCEPTION DU BONHEUR

ESQUISSES, Été 2011

L’architecture peut-elle nous rendre heureux? Vaste question. Depuis plusieurs années, les chercheurs en psychologie tentent d’y répondre, mais les architectes sont-ils à l’écoute?

Marie-Claude Élie Morin

Les recherches en psychologie environnementale confirment souvent des évidences. L’accès à des espaces verts est bienfaisant pour les enfants des quartiers défavorisés, les fenêtres ouvrantes dans les bureaux augmentent la satisfaction des employés, les escaliers attrayants sont davantage utilisés que ceux qui sont cachés, les systèmes d’aération performants améliorent la productivité des travailleurs… Du gros bon sens, quoi!

Comment expliquer alors que, dans les 50 dernières années, les architectes d’ici et d’ailleurs aient laissé construire tant d’immeubles dépourvus de fenêtres, tant de bureaux mal ventilés et tant de cages d’escaliers cauchemardesques?

« Les architectes et designers font la sourde oreille justement parce qu’ils savent qu’ils ont été trop dociles face au rouleau compresseur de la réduction des coûts dans la construction privée et dans le domaine public. La profession architecturale a aussi fait preuve d’un zèle excessif en voulant imposer certaines idéologies esthétiques ou visions utopistes, souvent au détriment des personnes les plus vulnérables dans nos sociétés », écrivait Thomas Fisher, doyen de l’École d’architecture de l’Université du Minnesota, dans la revue Harvard Design en 2005.

Christopher Spencer, professeur émérite au Département de psychologie de l’Université de Sheffield, en Grande-Bretagne, croit que cette affirmation tient encore la route aujourd’hui. Il se passionne depuis plus de 30 ans pour la psychologie environnementale en cherchant à toujours mieux comprendre le rapport qu’entretiennent les humains avec l’environnement bâti. Et il est souvent frustré de constater le dialogue de sourds qui perdure entre la psychologie et l’architecture.

« Peu d’écoles d’architecture intègrent la psychologie environnementale à leur programme d’enseignement. Ça ne fait tout simplement pas partie de la tradition architecturale de s’inspirer des recherches en sciences humaines », dit-il, citant en exemple une anecdote récente. « J’étais invité à une conférence sur l’impact de l’architecture sur notre bien-être mental organisée par le centre Dana du Musée des sciences, et j’ai été choqué par la nonchalance de l’architecte qui partageait le panel avec moi. »

L’architecte en question travaillait pour la prestigieuse agence Richard Rogers Stirk et venait de terminer un très beau projet de centre de traitement pour le cancer. Lorsqu’une personne dans l’auditoire lui a demandé de quelles recherches sur le bien-être psychologique des patients il s’était servi pour concevoir le bâtiment, il a répondu : « J’ai visité quelques centres existants, et j’ai ensuite laissé l’inspiration venir. » Spencer poursuit : « Croyez-vous qu’il aurait été aussi désinvolte s’il s’était agi d’incorporer de nouveaux matériaux au bâtiment? Au contraire, il aurait probablement cherché à s’appuyer sur des recherches solides. Cet exemple illustre à quel point les recherches en psychologie environnementale sont peu consultées par les architectes. »

Établir un lien de cause à effet entre des caractéristiques architecturales et le bien-être émotionnel s’avère toutefois un exercice périlleux, concède-t-il. « Les bâtiments que nous habitons et fréquentons ont très certainement un impact sur notre santé mentale, mais le défi est d’isoler certains facteurs, parce que les individus évoluent dans des systèmes complexes et que certains facteurs nuisibles viennent par grappes. Par exemple, les logements déficients sont souvent synonymes de quartiers pauvres, de mauvaise qualité de l’air et de vulnérabilité aux actes criminels. »

Il n’existe donc pas de recette magique pour créer un lieu « heureux », mais les recherches en psychologie peuvent nous renseigner sur une foule de phénomènes qui vont souvent à l’encontre des idées reçues. À parcourir les portfolios d’agences, par exemple, on croirait que les bureaux ouverts, décloisonnés et bien rangés favorisent la concentration et le bien-être. Or, les recherches montrent que les gens sont plus heureux au bureau lorsqu’ils peuvent y apporter des objets pour personnaliser leur espace de travail!

Des recherches pourtant accessibles

Il y a quelques années, on aurait pu croire que ces recherches souffraient de leur inaccessibilité : des textes hermétiques, rédigés dans une langue d’initiés, enfouis dans des revues spécialisées, disponibles seulement dans les bibliothèques universitaires. « J’irais même jusqu’à dire que certains chercheurs craignaient de perdre leur prestige dans le monde de l’enseignement supérieur en allant cogner aux portes de l’industrie avec leurs résultats de recherche. Mais aujourd’hui, les chercheurs déploient beaucoup d’efforts pour rendre l’information accessible », précise Christopher Spencer.

Un exemple éloquent? Le site Web et la base de données en ligne InformeDesign, un projet collaboratif entre l’American Society of Interior Designers et l’Université du Minnesota. Constamment mis à jour, le site met des milliers de résumés de recherches gratuitement à la disposition des architectes, designers, paysagistes et urbanistes. On peut y effectuer une recherche par type d’établissement (résidentiel, commercial ou d’enseignement, par exemple), par thème ou par public d’usagers visé. La mission du projet est de favoriser une meilleure intégration de la recherche à la pratique.

C’est une préoccupation qui ne date quand même pas d’hier. L’Environmental Design Research Association (EDRA), fondée en 1968 aux États-Unis, veut faire avancer et disséminer le plus largement possible les connaissances en design de l’environnement, dans le but de multiplier les environnements qui conviennent mieux aux besoins humains. Il faut toutefois devenir membre de l’organisation pour recevoir les publications et participer aux conférences.

Au Royaume-Uni, le Council on Architecture and the Built Environment (CABE), organisme public récemment intégré au Design Council, a joué un rôle important dans la promotion de l’excellence en architecture, incluant une meilleure compréhension de la relation complexe entre la santé humaine et le cadre bâti (voir encadré). À San Diego, en Californie, les membres de l’American Institute of Architects (AIA) ont fondé en 2003 l’Academy of Neuroscience for Architecture, qui finance des recherches à la croisée des chemins entre l’architecture et la neuroscience, pour mieux analyser comment notre cerveau réagit à l’environnement physique.

Mesurer les émotions

Certains individus font également des efforts pour faire circuler l’information et sensibiliser leurs collègues architectes aux dernières découvertes de la psychologie et des sciences cognitives applicables à la pratique architecturale. C’est le cas de Maria Lorena Lehman, architecte américaine, diplômée de Harvard et ex-chercheuse au Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

« J’ai été fascinée lorsque je suis tombée sur des recherches démontrant que l’aménagement d’une chambre d’hôpital pouvait avoir un impact important sur la consommation de médicaments, le sommeil, l’humeur et même la propension à se doucher et à se coiffer. J’ai décidé de consacrer mon travail à mieux comprendre l’interaction entre l’individu et le bâtiment. L’un de mes premiers projets était tout simple, il portait sur la signalisation et démontrait que des consignes visuelles claires et judicieuses dans le métro peuvent encourager l’usage des escaliers et, donc, aider les gens à faire un choix qui contribue à leur santé globale. »

Aujourd’hui, Maria Lorena Lehman partage ses trouvailles sur son blogue Sensing Architecture (sensingarchitecture.com). Passionnée de technologie, c’est d’une voix enjouée qu’elle parle de la mise au point de microcapteurs comme le Q sensor, qui pourraient bientôt nous en apprendre beaucoup sur les émotions suscitées par différents environnements. « C’est essentiellement un bracelet muni de bio capteurs qui détectent en temps réel le stress ou l’anxiété de la personne qui le porte. Le potentiel est énorme. Si les architectes pouvaient observer très précisément comment les usagers se sentent lorsqu’ils se promènent dans un bâtiment, ils pourraient recueillir des données précises sur les éléments qui fonctionnent et ceux qui sont problématiques. Ils se demanderaient ensuite comment dessiner les choses autrement. Cela mènerait à un meilleur dialogue entre l’architecte et l’usager, et favoriserait une architecture plus adaptable », croit-elle.

La technologie n’a cependant pas réponse à tout. « Au contraire, précise Lehman, une des choses qui m’agace le plus en architecture de nos jours est l’abus d’équipements technologiques qui deviennent finalement une source de stress pour les usagers. Je pense aux multiples machines médicales, par exemple, dont le bruit et les voyants lumineux déshumanisent les chambres d’hôpital. »

La preuve du bonheur

Avec tant de connaissances qui circulent, comment expliquer que les architectes tardent encore à emboîter le pas? « Il faudrait observer ce qui se passe et mesurer le bien-être des usagers dans les projets qui se construisent, mais c’est la nature du travail de l’architecte de préparer le prochain projet avant de consacrer du temps à l’éducation orientée vers la pratique (practice-oriented education). Et beaucoup d’architectes s’amourachent rapidement d’un style qu’ils ont du mal à remettre en question face à la recherche », souligne Christopher Spencer.

Denise Piché, professeure à l’École d’architecture de l’Université Laval, constate elle aussi le besoin urgent d’amener la recherche sur le terrain. « Il y a encore beaucoup d’automatismes, surtout dans l’architecture institutionnelle. On s’enferme dans des modèles qui se répètent à l’infini, et l’absence de variété écologique ne nous permet pas de tester certaines hypothèses. » Elle donne l’exemple des résidences pour personnes âgées, dont les plans sont souvent déterminés davantage par l’organisation du travail et le souci d’efficacité que par les intérêts de la clientèle qu’ils desservent. « Ce sont des établissements qui ressemblent à d’autres établissements. Pourtant, des exemples scandinaves ont démontré que les personnes âgées étaient plus heureuses dans de plus petits centres qui ressemblent à des maisons. »

Elle croit toutefois à l’émergence de meilleures pratiques. « Il y a un mouvement à l’heure actuelle vers un design appuyé sur la recherche, ou evidence-based design process. Nous voulons travailler avec les grands consortiums de construction, notamment dans les méga-hôpitaux, pour intégrer la recherche sur l’interaction entre l’usager et son milieu. » Elle cite le projet Pebble, une initiative du Center for Health Design, un organisme californien qui permet à plusieurs hôpitaux dans le monde de partager leurs constats et découvertes afin de favoriser le mieux-être des usagers.

« Nous façonnons nos édifices, et par la suite ce sont nos édifices qui nous façonnent », a dit Winston Churchill. Raison de plus pour se doter d’édifices « heureux »!

Vers le haut

ENCADRÉ : Quand la philo se mêle d’architecture

En 2006, le philosophe britannique Alain De Botton signait un essai intitulé L’architecture du bonheur. Le jeune auteur, qui aime s’attaquer à des sujets très contemporains, s’était déjà penché sur La petite philosophie de l’amour (1994) et L’art du voyage (2002) avant de réfléchir aux constructions que l’on habite… et qui nous habitent.

Alain De Botton fait sienne l’affirmation de Stendhal selon laquelle « la beauté est la promesse du bonheur », et déplore que la notion de beauté soit devenue presque tabou en architecture, alors qu’elle est au cœur de notre rapport avec le monde qui nous entoure.

Nous renvoyant à l’architecture religieuse, il souligne le besoin de l’être humain de construire des bâtiments qui traduisent sa vision d’une vie juste et bonne. « Qualifier un bâtiment de “beau” relève de beaucoup plus qu’une affinité esthétique. Cela traduit une attirance pour le mode de vie particulier véhiculé par cette structure à travers la forme de son toit, ses poignées de porte, ses cadres de fenêtres, son escalier et son mobilier. Ressentir la beauté de quelque chose signifie que nous ayons trouvé une expression matérielle de ce qui nous semble bon dans la vie.

Parallèlement, nous serons offensés par un bâtiment non pas parce qu’il enfreint une préférence visuelle intime et mystérieuse, mais parce qu’il est en conflit avec notre conception de la vie – ce qui explique en partie pourquoi des disputes aussi sérieuses que vicieuses explosent souvent lorsqu’il s’agit de déterminer une architecture convenable », écrit-il.

 

La réalité, pas la télé

C’est paradoxal, je sais. Je viens de passer plus de neuf mois complètement engloutie par un projet de rénovation, auquel j’ai consacré le meilleur de mon énergie, de ma créativité et le plus clair de mon temps (libre et moins libre). La dernière chose dont je devrais avoir envie, le soir, c’est de regarder des émissions de rénovation. Il me semble.

Mon chum n’y comprend rien. « T’es pas écœurée? ». Il n’a pas tort. Après un sprint de peinture qui a duré trois semaines, et tout le branle-bas de notre déménagement fin janvier, je devrais avoir le goût de décrocher.

Mais non. Je suis obsédée. Je connais par cœur la programmation quotidienne des canaux HGTV et DIY, et je flirte même un peu avec le très nul CASA, qui a l’air de diffuser uniquement des émissions britanniques doublées. Parenthèse pour les patrons de CASA: soit vous laissez le son en Anglais et vous mettez des sous-titres, soit vous doublez carrément. Rien de plus irritant que d’entendre une voix en Français parler par-dessus la voix originale au même volume.

Alors, j’assume mon obsession. Je VEUX savoir quelles poignées d’armoires Sarah Richardson a trouvées pour la cuisine de Madame Chose. Et COMMENT l’équipe de Yard Crashers va-t-elle transformer la cour de la famille Machin? Je DOIS écouter House Hunters International jusqu’à la fin pour savoir quelle villa en Espagne le couple Lambda va choisir. J’en écoute même le midi, en mâchant distraitement mon lunch (Ô joie du travail autonome et du dîner à la maison). Je sens que ça ne fait pas tellement de bien à mon QI, mais bon, je peux désormais partager mon savoir  encyclopédique sur le MDF et le contreplaqué russe dans les rares conversations mondaines auxquelles je participe.

Le « High » ultime, la récompense, quoi, ce sont les 45 secondes à la fin, lorsque la transformation est dévoilée. Prise de vue panoramique sur l’espace parfaitement rangé, décoré, éclairé, bref FINI, et tout ça réalisé – par la magie du montage- en quelques jours à peine.  Ce qu’on appelle en jargon télé, le « reveal ». Le cœur de l’obsession est là. Parce que c’est l’Eldorado qui m’échappe chaque jour quand je fais la liste interminable de petits et gros détails pas réglés,  la finition pas finie, le tas de rebuts qui trône encore dans la cour, les boîtes pas défaites, les luminaires manquants, le comptoir de cuisine temporaire en plywood, la hotte pas installée, les portes (et peut-être même les fenêtres) à changer…. Inutile de préciser que nos week-ends sont bien remplis de corvées diverses. Juste à y penser, je suis épuisée.

Ouf. Je pense que je vais aller écouter une petite émission de réno.

Blague à part, je suis parfaitement consciente que ces émissions de rénovation jouent précisément sur le fantasme de la perfection et créent le manque et l’envie pour mieux nous faire consommer. Exactement comme les pubs de mode ou de parfum. Mais en attendant, ça m’aide à prendre mon mal en patience. Ça me rappelle que oui, un jour, je pourrai siroter un breuvage quelconque dans mon jardin en admirant une maison ter-mi-née. Si HGTV a envie de m’envoyer Mike Holmes ou Bryan Baeumler pour m’aider à y arriver, je ne dis pas non. Pas sûre que le chéri le prendrait bien, mais je peux rêver!

Les nombreux compliments et encouragements reçus de la part des amis lors de notre premier party dans la maison ont aussi fait le plus grand bien.

Update: En 2012, l’équipe de l’émission Curieux Bégin a décidé de tourner la saison entière de l’émission dans la maison fraîchement terminée! Vous pouvez aller zieuter le tout sur le site de l’émission. PS, les meubles que vous voyez à la télé proviennent d’une commandite.

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Les chemins de la liberté

Publié dans Jobboom, mars 2011

Les grandes distances à parcourir, les délais de livraison serrés, les longues heures passées loin de la maison. Pour les camionneurs et autres chauffeurs de poids lourds, c’est ça le bonheur. Entre autres.

par Marie-Claude Élie Morin

Donald Porlier se souviendra toujours de son voyage jusqu’à San Antonio, au Texas, à la fin de l’été 2005. Camionneur de longue distance pour le Groupe Robert depuis plus de 30 ans, il a fait partie d’un convoi de 20 camions envoyés par la Croix-Rouge canadienne pour livrer des lits de camp et du matériel d’urgence aux sinistrés de la Louisiane, victimes peu de temps auparavant de l’ouragan Katrina.

«La ville de Detroit avait même fermé à la circulation ses artères majeures et un pont pour laisser filer notre convoi. C’était très émouvant de traverser les États-Unis pour aller porter ce matériel à des gens qui en avaient grand besoin.»

Pour René Tremblay, ex-camionneur devenu enseignant, c’est le ciel immensément bleu du Wyoming qui lui revient en mémoire lorsqu’il pense à ses 14 années sur la route. Sandra Doyon, camionneuse chez Transwest, garde quant à elle le souvenir de s’être arrêtée, au petit matin, sur le bord de la route au Nebraska, simplement pour faire un saut dans un champ de tournesols en fleurs.

Des paysages majestueux, des centres urbains grouillants, des oasis de tranquillité : les camionneurs roulant sur de longues distances en ont plein la vue. Plusieurs ont justement choisi le métier pour l’aventure, l’envie d’aller loin et de découvrir de nouvelles réalités.

Les grands explorateurs

«La majorité des aspirants camionneurs de longue distance ont un tempérament curieux. Ils veulent voir du pays, ne pas avoir de routine et être libres», confirme Eddy Vallières, directeur du Centre de formation en transport de Charlesbourg. «Plusieurs sont également passionnés de mécanique et veulent relever le défi de dompter une grosse machine comme un camion-remorque.»

Donald Porlier se reconnaît dans cette description. Lui qui espérait au départ être affecté aux livraisons en Ontario pour ne pas s’éloigner de la maison a eu la piqûre de la grande route dès ses premiers voyages aux États-Unis. «Visiter les orangeraies de la Floride pendant que tout le monde gèle au Québec, ça n’a pas de prix!»

L’absence de routine et les découvertes renouvelées sont également de puissants attraits. «La majorité des gens passent l’essentiel de leur vie dans un rayon de 400 kilomètres. Un routier, lui, parcourt jusqu’à 5 000 kilomètres par semaine. On n’est jamais au même endroit. J’ai eu la chance de visiter des fonderies, des usines automobiles, des firmes de robotique», illustre Donald Porlier.

Sur la route de l’inspiration

 

Après avoir travaillé comme guide-accompagnatrice en tourisme un peu partout au Canada et aux États-Unis, Sandra Doyon a décidé d’ajouter une corde à son arc en obtenant un permis pour conduire des autobus en 2000. Au cours de sa formation, elle a bifurqué vers le camionnage de longue distance. «J’avais envie d’être dépaysée et de relever le défi de conduire un gros camion!»

Elle ne savait pas qu’elle serait également séduite par les moments de contemplation au cours des longues heures passées sur la route. «Le métier de camionneur te donne beaucoup de temps pour penser, confie-t-elle.

C’est comme ça que j’ai commencé à écrire.» En 2005, Sandra Doyon s’achète un portable pour la route et crée un blogue pour raconter ses aventures en camion. Dans son Journal de bord d’une camionneuse, elle partage ses émotions du jour et ses observations sur l’Amérique. En 2011, les éditions Goélette publieront d’ailleurs un recueil de ses chroniques.

Sacrifices nécessaires

Le métier comporte toutefois ses revers. Les longues heures passées en position assise ont des conséquences sur la santé : maux de dos, perte de masse musculaire, prise de poids en raison des repas trop riches offerts dans les arrêts routiers. «Il faut avoir une discipline personnelle. Autrement, le corps est affecté», explique Sandra Doyon.

La vie de couple et de famille en prend aussi pour son rhume. Longues absences répétées, rendez-vous manqués, courtes pauses avant de repartir sur la route. «Il faut une conjointe ou un conjoint compréhensif», note Eddy Vallières.

«C’est difficile de maintenir l’harmonie quand tu ne peux pas promettre à ta conjointe que tu pourras l’accompagner dans une fête, par exemple», confirme Donald Porlier.

La maternité n’est pas plus facile à concilier avec le camionnage, comme le constate Sandra Doyon, qui attend un enfant. Conduire un camion sur de longues distances est considéré comme un risque pour la grossesse, elle a donc dû cesser immédiatement de travailler. Mais puisque l’entreprise qui l’emploie est enregistrée sous une charte fédérale (comme les compagnies aériennes), Sandra n’a pas droit aux compensations pour retrait préventif prévues par la loi québécoise. Elle doit se rabattre sur des prestations d’assurance-emploi moins généreuses et qui la pénaliseront lorsque viendra le temps de calculer ses prestations au Régime québécois d’assurance parentale à partir de son revenu moyen.

Un amour inconditionnel

Malgré ces difficultés, certains camionneurs ne se verraient pas faire autre chose, estimant que les avantages compensent les inconvénients. C’est que les camionneurs de longue distance arrivent aussi à gagner un salaire intéressant. «On est payés au mille (l’étalon de mesure dans le transport nord-américain). Un chauffeur qui parcourt 3 000 milles (près de 5 000 kilomètres) par semaine peut s’attendre à un salaire hebdomadaire d’environ 1 100 $ nets», indique Donald Porlier, qui fait régulièrement la tournée des écoles comme Ambassadeur de la route pour l’Association du camionnage du Québec.

Quelles qualités faut-il posséder pour embrasser le métier? «Une bonne dose d’autonomie et de débrouillardise», note René Tremblay, aujourd’hui professeur au Centre de formation en transport de Charlesbourg. «Le camionneur doit planifier sa route et gérer son temps tout seul pour effectuer ses courses à l’heure. Il faut une bonne endurance physique pour effectuer en moyenne 70 heures de travail en 7 jours. Enfin, la patience et la courtoisie sont nécessaires pour ne pas péter les plombs dans les embouteillages!» conclut-il.

Ça vous dit d’embarquer?

 

 

 

La carotte et le bâton, c’est fini

Publié dans Jobboom, mars 2011

Entrevue avec Dan Pink

La recette de la motivation au boulot

Qu’est-ce qui vous allume et vous pousse à dépasser vos objectifs au boulot? L’auteur Dan Pink est convaincu que c’est autre chose que la promesse d’un gros chèque de paie ou la menace de représailles, soit le proverbial principe de la «carotte» et du «bâton», largement appliqué dans nos entreprises.

par Marie-Claude Élie Morin // photo : Nina Subin

Passionné par l’univers du travail, Dan Pink écrit sur ce sujet dans les magazines Wired, Fast Company et dans le New York Times, entre autres. Et son best-sellerA Whole New Mind (Riverhead Books, 2006), a exploré l’importance croissante de la créativité au travail.

En 2010, il lançait, Drive: The Surprising Truth About What Motivates Us, un essai sur la motivation et sur ce qui nous pousse à agir. Après avoir écumé des tonnes d’études en sciences sociales portant sur la motivation, il conclut que le monde des affaires persiste à utiliser des outils invalidés par la science, qui provoquent plutôt une baisse de la motivation et de la performance des travailleurs.

Conclusion : une révolution de la mentalité des gestionnaires s’impose.

Q › Pourquoi les récompenses et les punitions érodent-elles la motivation?
À l’origine de l’humanité, notre motivation était intrinsèque : il fallait se nourrir, se protéger, survivre. À mesure que nos besoins primaires ont été satisfaits, nous avons été motivés par des facteurs extrinsèques, soit la promesse d’une récompense matérielle ou la menace de représailles. Un peu comme un âne avance simplement pour attraper une carotte ou parce qu’il est menacé de recevoir un coup de bâton.

Au travail, ce mode de motivation a fait ses preuves. Il fonctionne bien auprès d’employés chargés de tâches simples ou répétitives, celles accomplies sur une chaîne de montage par exemple. Mais la science prouve qu’il ne fonctionne pas auprès des travailleurs qui ont un emploi créatif exigeant des habiletés à résoudre des problèmes, ce qui est le cas d’un nombre croissant d’Occidentaux. Récompenses et punitions créent plutôt l’effet inverse : à long terme, elles démotivent les troupes et entraînent une perte de productivité. Or, elles subsistent à grande échelle dans nos entreprises!

Q › Comment l’offre d’une récompense nuit-elle à la performance?
Des études ont démontré que la promesse d’une récompense agit comme une ornière qui empêche les individus de trouver des solutions originales à un problème. La récompense devient l’attrait principal pour lequel on fait quelque chose, au détriment du simple plaisir de le faire. Une action éventuellement récompensée se transforme en corvée, car les sujets se concentrent sur la récompense, qu’ils n’ont pas encore… Pire : à long terme, la «carotte» peut mener à un comportement déviant. L’appât du gain et la dépendance aux récompenses amènent certains individus à poser des gestes éthiquement répréhensibles, comme la concurrence déloyale ou la fraude.

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Q› La menace d’une punition est-elle aussi nuisible?
Tout à fait. Une étude s’est penchée sur le cas de la direction d’une garderie, qui avait décidé d’imposer une amende aux parents qui tardaient à venir chercher leur enfant en fin de journée. Les amendes cumulées s’additionnaient aux frais mensuels réguliers. Dans les 20 semaines qui ont suivi, les retards n’ont pas diminué : ils ont plutôt presque doublé! Avant l’introduction de l’amende, les parents s’efforçaient d’être à l’heure par respect pour les éducateurs. L’amende financière a transformé cette relation en transaction : les parents ont eu l’impression qu’ils pouvaient désormais acheter du temps excédentaire. La punition n’a rien réglé du problème initial.

Q › Alors, qu’est-ce qui peut nous motiver au travail?
La science démontre que trois facteurs suscitent et maintiennent la motivation. Le premier est l’autonomie, soit d’avoir un minimum de pouvoir sur quand, comment et avec qui nous travaillons. Le deuxième est la possibilité de constamment s’améliorer dans ce que l’on fait. Par exemple, lorsqu’on apprend à jouer d’un instrument de musique, le perfectionnement devient notre motivation. Enfin, le sens qu’on donne à ce qu’on fait au travail et dans la vie, c’est-à-dire l’impression de contribuer à une cause, à une idée ou à un projet plus grand que soi.

Q › Comment réconcilier nos entreprises assoiffées de profits avec l’idée d’une cause plus grande et plus durable que nous-mêmes?
Il faut s’inspirer des organisations que j’appelle «3.0», qui ont saisi l’importance de cette motivation supérieure. Leur mission dépasse largement l’atteinte de résultats financiers. Pensons au succès de projets Internet comme Wikipédia, qui fonctionne grâce à la générosité des milliers de collaborateurs qui rédigent gratuitement des entrées, car ils croient à la pertinence de cette encyclopédie collective. Idem pour les débuts de Google.

La motivation des fondateurs était d’organiser l’information planétaire de manière cohérente et de la rendre accessible au plus grand nombre. L’affaire a fait boule de neige.

Ou encore l’important détaillant de chaussures en ligne Zappos.com, qui a comme mission d’offrir le meilleur service et le meilleur environnement de travail possible. Les employés du centre de relations clients sont donc libres de gérer les appels comme bon leur semble : pas de texte à suivre, pas de vente sous pression, pas de durée maximale des communications. Cette culture d’entreprise est devenue leur principal atout face à la concurrence!

Q › Pourquoi les entreprises misent-elles encore sur les promesses d’augmentation de salaire et de primes en tous genres?
Beaucoup d’entreprises – particulièrement celles inscrites en Bourse fonctionnent encore avec la «carotte» parce qu’elles sont forcées, chaque trimestre, d’augmenter leurs profits ou de justifier des pertes aux actionnaires. Cette gestion à courte vue est néfaste pour la motivation des employés et, conséquemment, pour la santé de l’organisation à long terme. Par ailleurs, les entreprises commencent à réaliser qu’une rémunération élevée ne suffit pas à attirer les travailleurs hautement performants, alors elles tablent sur autre chose, comme un milieu de travail exceptionnel, beaucoup de liberté ou des projets créatifs.

Q › Que peuvent faire les travailleurs démotivés pour retrouver de l’entrain?
Ils peuvent d’abord déterminer quels sont les moments dans leur travail (s’il y en a!) où ils atteignent l’état de «flow», c’est-à-dire la sensation que ce qu’ils sont en train de faire coule de source pour eux. Ça peut être lors d’une réunion, pendant qu’ils rédigent un rapport ou lors d’une sortie sur le terrain. Bref, repérer les moments qui génèrent en eux un sentiment d’engagement et de réussite et tâcher de multiplier ces occasions. Ils peuvent aussi chercher à avoir plus d’autonomie quant au choix du «quand», du «comment» et du «avec qui» ils travaillent. Par exemple, beaucoup de travailleurs préféreraient travailler de la maison un jour par semaine plutôt que de recevoir une augmentation de salaire.

Q › Comment convaincre son patron d’appliquer de nouveaux modes de motivation?
Pourquoi ne pas lui suggérer d’organiser une «Journée FedEx»? Ce concept vient d’une firme australienne en informatique qui tient, quatre fois par an, une journée où les employés ont le droit de travailler sur ce qui leur plaît, pourvu qu’ils livrent un produit concret et fini en seulement 24 heures. L’entreprise a constaté que ces courtes explosions de créativité stimulent l’innovation et la performance davantage que n’importe quelle autre mesure. Beaucoup trop d’entreprises carburent encore aux commissions et aux primes de performance. La science prouve que nous faisons fausse route. Il faut colmater la brèche!

 

 

 

Suivre sa voie

Publié dans Carrières d’avenir 2011, Éditions Jobboom

Suivre sa voie

Affronter la désapprobation de vos parents sur votre choix de carrière, ce n’est pas facile. Malgré le malaise, il serait bon de chercher à savoir pourquoi ils sont en désaccord avec vos aspirations. Vous pourriez ainsi pousser plus loin votre réflexion et valider votre intérêt.

par Marie-Claude Élie Morin

Les parents de Simon Gouache le voyaient devenir médecin ou dentiste. Lui-même a longtemps cru qu’il s’agissait de la seule avenue possible. Pour éviter de les décevoir, il s’est imposé des études en biologie à l’Université McGill et a échoué deux fois aux examens d’entrée en médecine dentaire à l’Université de Montréal. Dégoûté, il a fait un virage à 180 degrés à 21 ans en choisissant un métier artistique. Un choix qui a mal passé auprès de ses parents.

«Mon père et ma mère sont médecins, mon oncle et ma tante aussi et mon frère est en voie de le devenir. Depuis l’enfance, j’avais l’impression que la seule option pour moi était de suivre leurs traces. Mais les sciences étaient loin de me passionner, et je n’avais pas les résultats scolaires requis pour entrer en médecine», raconte-t-il.

Aujourd’hui diplômé de l’École nationale de l’humour, Simon écrit ses propres spectacles et se produit fréquemment sur scène. Il travaille aussi comme concepteur-rédacteur chez Taxi, une agence de publicité de Montréal. «Si je n’avais pas pris cette chance en allant passer les auditions à l’École de l’humour, je ne sais pas comment j’aurais gardé le goût de vivre», confie-t-il en pesant ses mots.

Questionnez pour comprendre leurs inquiétudes //

L’histoire de Simon n’est pas un cas d’exception. «Plusieurs adultes dans la quarantaine viennent me consulter, car ils sont épuisés et déprimés. Ils réalisent soudain que le métier qu’ils ont choisi pour répondre aux espoirs parentaux ne correspond pas à leurs goûts ni à leurs champs d’intérêt», constate François Lefort, psychologue du travail.

Mais cela ne veut pas dire que vous devez rester sourd aux objections de vos parents. «Car parfois, ils ont raison de s’inquiéter!» s’exclame Caroline Paquet, conseillère d’orientation, psychologue et médiatrice familiale en cabinet privé à Québec. «Je pense entre autres aux filles qui annoncent qu’elles veulent être mannequins, ou aux garçons qui souhaitent devenir joueurs de hockey professionnels. Ce ne sont pas des carrières impossibles, mais il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Le parent peut craindre, avec raison, que son enfant n’ait pas une perception assez réaliste du métier qui l’attire.»

Même son de cloche de la part de Jean- Sébastien Lévesque, conseiller d’orientation à l’école secondaire Jean-Grou, à Montréal.

«En général, devant des métiers plus artistiques ou issus de la formation professionnelle, plombier par exemple, les parents craignent que l’emploi soit précaire, mal rémunéré ou mal vu socialement. Ce sont des questions valables.»

Si vos parents expriment ce genre d’inquiétudes, informez-vous davantage pour dresser un portrait réaliste du métier dont vous rêvez, suggère le conseiller. Précisez, par exemple, les salaires, les programmes de formation et les aptitudes nécessaires. Cette démarche vous amènera à mieux évaluer le sérieux de vos aspirations professionnelles. «Si vous souhaitez, par exemple, devenir comédien sans jamais avoir participé à du théâtre amateur, c’est mal parti, observe-t-il. Idem si vous rêvez de gagner 100 000 $ par année à titre de mécanicien.»

Faites vos preuves //

Les réserves exprimées par les parents doivent donc être vues comme autant de pistes pour vérifier à quoi ressemble le quotidien dans votre métier idéal. Caroline Paquet suggère aux jeunes de tout faire pour répondre clairement aux questions et aux inquiétudes de leurs parents. «Faites des recherches sur les débouchés, rencontrez quelqu’un qui fait ce métier-là. Et rapportez les résultats de votre enquête à vos parents. S’ils vous voient prendre votre choix au sérieux et vous investir dans une telle recherche, ils pourraient devenir plus flexibles», précise-t-elle.

«Idéalement, essayez de maintenir le dialogue, ajoute François Lefort. Demandez à vos parents de raconter comment ils ont eux-mêmes choisi leur métier, suggère-t-il. Cela peut s’avérer un exercice puissant pour alimenter la discussion.» En cas de conflit difficile à résoudre, n’hésitez pas à aller consulter un conseiller d’orientation – à l’école ou en bureau privé. Il peut jouer un rôle de médiation en rencontrant aussi vos parents.

Allez au bout de votre projet //

Cependant, malgré toutes les bonnes intentions du monde, le désaccord des parents peut perdurer. C’est ce qui est arrivé à Simon. «Au moment où j’ai annoncé à mes parents que je laissais tomber les sciences pour m’inscrire en humour, je vivais encore à la maison. On aurait dit que je venais de leur dire que je voulais être berger en Afghanistan! Le climat a été lourd et pénible pendant plusieurs mois. J’avais vraiment l’impression qu’ils ne croyaient pas en moi, mais j’ai arrêté d’essayer de les convaincre à tout prix. Quand ils ont constaté à quel point j’étais motivé et heureux, ils ont tranquillement changé d’attitude», raconte-t-il.

Rares, en effet, sont les parents qui restent de glace en voyant leur enfant s’épanouir.

Aujourd’hui, la mère de Simon ne rate aucun de ses spectacles. Et son père, quoique plus discret, a eu du mal à contenir sa fierté récemment lorsqu’il a appris que l’humoriste Sylvain Larocque admirait le talent de Simon. «Je suis content qu’ils aient changé d’avis, mais je suis surtout content d’avoir fait à ma tête», conclut-il, sourire en coin.

 

«L’art dramatique, je ne paierai pas pour ça!»

Le soutien moral de papa et de maman c’est bien, leur soutien financier c’est encore mieux. Quoi faire si vos parents menacent de vous couper les vivres si vous choisissez tel ou tel programme?

Bien sûr, vous pouvez travailler à temps partiel durant vos études et faire une demande de prêts et bourses, mais il y a d’autres solutions. Caroline Paquet suggère notamment d’essayer de négocier une entente avec vos parents. «Un parent réticent pourrait délier les cordons de sa bourse si le jeune prend des engagements concrets, dit la conseillère d’orientation. Par exemple, le parent paie à condition que les résultats scolaires soient excellents, ou encore il s’engage à payer la moitié des coûts.» Vous pourriez aussi aller chercher le soutien financier d’autres membres de votre famille comme vos grands-parents, oncles et tantes.

 

 

 

Bourrelets de rénovation

Conséquence inattendue (et plutôt désagréable) de mon implication sur le chantier? Je mange comme un gars de la construction. C’est-à-dire mal. Et tous mes jeans, sauf les vieux pantalons sales que j’enfile pour aller peinturer/sabler/nettoyer, sont maintenant serrés.

Comme la cuisine de la nouvelle maison était inexistante jusqu’à la fin décembre et qu’elle tarde encore à être opérationnelle, impossible de s’y faire des bons petits lunchs santé. Vous me direz que je pourrais apporter une boîte à lunch, et je l’ai fait avec quelques reprises. J’ai aussi traîné d’innombrables bouteilles d’eau et des sacs de clémentines pour essayer d’incorporer un peu de vitamines dans notre diète. Mais quand je me lève à 6h30 ou 7h00 pour être sur le chantier de bonne heure, après avoir englouti un gros café et marché le chien, disons que je ne me sens pas trop inspirée pour concocter une boîte à lunch équilibrée.

Et puis je l’avoue. Après 4 heures à genoux à frotter des taches de coulis sur le plancher ou un avant-midi à me faire les bras avec le rouleau de peinture, ce n’est pas d’une salade au thon avec du pain germé que j’ai envie pour le lunch. Travailler physiquement donne plutôt envie de manger chaud, salé et gras. Un bon burger, une frite, et un Coke pour faire (mal) passer tout ça. Moi qui avait presque complètement éliminé la malbouffe de mon alimentation depuis des années, je n’ai jamais mangé autant de junk food de ma vie. Sans compter la tradition des cafés et petites douceurs, que l’on s’apporte mutuellement sur le chantier pour s’encourager.

Même si on voulait faire l’effort de mieux manger à l’extérieur, je constate avec effroi que le petit resto de quartier sans prétention qui nous recevrait (sales, poussiéreux, couverts de taches de plâtre, de peinture ou décorés de brin de scie) sans sourciller pour nous servir des plats maison équilibrés n’existe pas. La dizaine de casse-croûtes autour de la maison ont tous plus ou moins le même menu : burgers, hot dogs, pizza, sous-marins… quand l’item le plus santé sur la carte est le club sandwich, ça part mal. Le Québec a fait des progrès en matière de culture culinaire (tout le monde se réclame de la vague foodie), mais dans les faits, on dirait que beaucoup d’entre nous carburent encore aux steamés-patates. L’option la plus sage est d’aller manger un gros bol de soupe dans l’un des nombreux « Pho » du coin, mais on se lasse rapidement du bouillon et des nouilles.

Les repas qu’on prend le soir dans mon condo (où l’on vit pendant les travaux) ne sont guère mieux. Ni le temps, ni le goût de cuisiner dans cet appartement devenu complètement bordélique à force de se faire négliger. Aller au gym pour brûler les calories de trop ? Oubliez ça. Il y a des soirs où Patrick et moi sommes tellement fatigués que l’effort minimal requis pour se lever du sofa et se faire cuire des pâtes nous semble surhumain. Nos mamans respectives nous ont fait cadeau de petits plats cuisinés de temps à autre, et c’était comme des cadeaux du ciel.

Bref, je comprends pourquoi les hommes étaient heureux, jadis, quand ils rentraient des champs, fatigués et affamés, pour s’asseoir devant un bon repas cuisiné par leur épouse. La féministe en moi n’en revient pas de dire ça, mais ça nous prendrait une femme à la maison!

Entre-temps, je vais endurer la frustrations des jeans-qui-me-pètent-dessus, en me rappelant que c’est temporaire et que dans ma nouvelle cuisine (yaaaaaaaayyy), je pourrai bientôt retrouver le plaisir de cuisiner… santé.

Le fiasco : Part 2!

Un malheur ne vient jamais seul, dit l’adage. En d’autres mots, quand ça va mal, ça va mal!

Dans mon dernier billet, je vous racontais nos déboires pour faire sabler, teindre et enfin re-sabler nos planchers. Au début décembre, nous en étions au sixième mois des travaux et pressés de terminer.

Dans un projet de rénovation comme celui que nous avons entrepris, il n’y a pas seulement les coûts de main d’œuvre et de matériaux à prendre en considération. Chaque mois où nous n’occupons pas les lieux équivaut aussi à un paiement hypothécaire « dans le vide », sans compter les frais pour se loger ailleurs pendant les travaux. C’était prévu au budget, mais le budget, justement, commençait à atteindre ses limites. Sur le plan personnel, après six mois passés à consacrer tous nos temps libres au projet, on aurait bien aimé pouvoir emménager dans la maison pour les Fêtes et s’y reposer quelques jours. Notre naïveté me fait aujourd’hui sourire.

Bref, nous avions eu des mauvaises surprises avec le premier sablage des planchers. L’application de la teinture avait révélé des stries et marques abondantes, signe que le sablage avait été fait à la va-vite avec, possiblement, une sableuse défectueuse.

L’entrepreneur avait accepté de venir constater les dégâts et, après discussion, nous avait offert de tout re-sabler, à ses frais. Pourquoi lui confier à nouveau du travail après qu’un de ses employés nous ait livré une telle « job de cochon », comme on dit ? Nous aurions préféré qu’il nous remette simplement notre argent. Mais il nous a promis de veiller personnellement à ce que le travail soit bien fait. Débordés par toutes les autres choses à faire, nous étions soulagés de ne pas avoir à trouver et payer un autre entrepreneur.

Échaudés par l’épisode de la teinture, on a choisi de laisser le bois au naturel, et d’y appliquer seulement un vernis à l’eau transparent. Depuis le début de ce projet, nous essayons de faire des choix en accord avec nos valeurs écologiques. Acheter des produits locaux, récupérer et réutiliser autant que possible certains éléments, et surtout, choisir des produits avec le moins d’impact possible sur notre santé et la planète (On a par exemple choisi d’isoler la maison avec de la mousse à base d’huile de ricin).

Pas question, donc, de faire la finition des planchers au vernis à l’huile. Le « cristal » de Varathane utilisé pendant des années dans les maisons est hautement toxique et plusieurs études ont montré qu’il s’agissait d’un produit carcinogène. Depuis le 9 septembre 2010, le gouvernement du Canada a emboîté le pas aux États-Unis et appliqué une mesure qui interdit la fabrication et l’importation au Canada de vernis excédant 350gCOV/L et interdit la vente de ces mêmes produits à partir du 9 septembre 2012. Les vernis à l’huile ont de plus fortement tendance à jaunir, masquant la couleur naturelle du bois.

Habitués de travailler avec ces produits – qui sont aussi beaucoup moins chers que les nouveaux produits au latex – depuis des années, certains entrepreneurs en finition de planchers ont fait des provisions de vernis à l’huile avant la fin de leur production et font fi de la loi en continuant de les offrir à leurs clients. Je l’ai constaté en faisant faire différentes soumissions.

Pour ma part, je ne veux rien savoir d’un produit qui requiert de vider son réfrigérateur et de quitter les lieux pendant des jours tellement il est toxique! Quand notre entrepreneur (Sam, de son prénom), nous a proposé d’utiliser un apprêt-scellant comme première couche avant le vernis, je lui ai donc fait répéter, à lui et à son employés, au moins 5 fois qu’il ne s’agissait PAS d’un produit à l’huile. Il nous a assuré qu’il utilisait les produits au latex de marque Finitec, et que l’apprêt en question ne dégageait presque aucune odeur.

Mais quand Patrick est allé jeter un coup d’œil en fin de journée après l’application dudit scellant, il a été accueilli par des vapeurs toxiques tellement fortes que ses yeux ont larmoyé. Il s’est empressé d’ouvrir les fenêtres pour aérer, mais l’odeur a persisté pendant des jours. Heureusement que notre gentil locataire du troisième était absent!

Le lendemain, Sam nous a répété que le produit utilisé n’était pas à l’huile, et que l’odeur était temporaire. Il était un peu trop tard pour s’obstiner, le produit était appliqué. Est-ce qu’on se faisait mentir en pleine face? Étions-nous trop sensibles aux odeurs? On nageait en plein inconnu.

Nous nous étions entendu avec lui que la couche finale de vernis serait appliquée plus tard, une fois nos armoires de cuisine installées, pour éviter les égratignures.

Avec la première couche de vernis appliquée, nous avons constaté (encore!!!) des marques inégales un peu partout, et même des flaques et gouttes de produit séché. Nous avons pointé ces défauts du doigt à Sam, qui nous a assuré qu’avant la couche finale, il passerait une polisseuse qui égaliserait le tout, et que la dernière couche de vernis serait appliquée impeccablement. Nous avons conclu une entente verbale : si la finition n’est pas à notre goût et les défauts ne sont pas corrigés, nous ne payons pas.

Flaque et éclaboussures de vernis séché laissées après la première couche.

Vous me voyez venir, j’imagine. La cuisine était livrée le lendemain. Pas le choix d’avancer et de se croiser les doigts pour que Sam soit digne de notre confiance. Le 22 décembre, ça y est, les armoires sont installées. La peinture est bien avancée et nous  avons travaillé d’arrache-pied pour tout ranger et nettoyer pour la couche finale de vernis. Au petit matin, les employés de Sam se pointent pour effectuer le travail. Vers 17h, nous nous rendons sur le chantier pour évaluer le travail.

Encore une «job de cochon ». Nous sommes enragés, au bord de la crise de nerf.

Maintenant, c’est difficile de savoir laquelle des trois couches (scellant, deux vernis) est en cause. Patrick appelle Sam pour lui dire, pas très gentiment, que nous lui paierons pas un sou noir pour ce travail dégueulasse. Il s’excuse profusément, arrive 15 minutes plus tard, engueule son employé au téléphone devant nous et nous promet d’être là le lendemain matin pour corriger le tout lui-même.

Le lendemain matin, Patrick et moi sommes sur place, pratiquement collés tous les deux aux talons de Sam, épiant par-dessus son épaule pendant qu’il ré-applique le vernis.

Après 150 pieds carrés, ça devient évident que la dernière couche n’arrange rien. Les marques de décoloration et les stries ne disparaîtront pas. Sablage mal fait? Scellant (à l’huile?) mal appliqué ? Sam est incapable de nous dire pourquoi le plancher est aussi moche.

Notre patience a FINALEMENT atteint sa limite. Bye, bye Sam. Prends tes cliques, tes claques et ne touche plus à rien, s’il vous plaît.

Son annonce est encore sur Kijiji. Il vous souhaite Bonne Année 2011. Nous on aimerait qu’il se fasse ch… beaucoup en 2011, et on envisage de porter plainte contre lui à la R.B.Q. Ou de le dénoncer à La Facture. Sauf qu’on a été cons et qu’on a pas de facture, justement.

Postface :

En guise de cadeau de Noël, Gerardo est descendu du ciel pour nous sauver. Gerardo, c’est l’expert en finition de planchers référé par notre tireur de joints. Il est venu constater les dégâts de Sam le 27 décembre, en plein congé des Fêtes, et s’est pointé dès le 4 janvier pour re-sabler le rez-de-chaussée et faire des retouches au deuxième (le plancher d’origine à l’étage a été trop grugé par les incompétents de Sam pour subir un autre sablage en entier). Minutieux. Honnête. Gerardo nous a confirmé que Sam nous avait escroqué en utilisant un produit à l’huile tout en nous facturant un produit au latex trois fois plus cher (Les produits au latex, ça ne sent VRAIMENT presque rien). Et grâce à lui, notre plancher a été rescapé. Merci, Gerardo.

Le fiasco

Leçons apprises d’un désastre

« Veux-tu un prix ou bedon tu veux une belle job? », m’a dit André, notre poseur de planchers. Il parlait d’un contrat de sablage, teinture et vernissage de planchers que j’hésitais à lui confier parce qu’il nous demandait 3.25$ du pied carré. Avec près de 2000 pieds carrés à faire, le calcul m’a donné le vertige. Surtout qu’on avait déjà dépensé une belle somme pour déclouer, nettoyer, re-poser et réparer le plancher existant au deuxième étage et pour acheter un magnifique parquet neuf de merisier brut pour le rez-de-chaussée.

Comme on hésitait à débourser une aussi grosse somme et qu’on aime se salir les mains, on a décidé de faire la teinture nous-mêmes et de confier le sablage préalable à un autre entrepreneur, qui nous offrait le service au prix dérisoire de 0.50$ du pied carré.

Première erreur. Nous n’avons pas dit assez clairement, paraît-il, que nous avions l’intention de faire une teinture. À la lumière du jour, le plancher post-sablage présentait donc plusieurs stries et marques qui auraient disparu en y mettant un vernis transparent mais qui ne feraient qu’être plus voyantes avec une teinture. On a donc fait revenir le sableur pour lui faire passer une polisseuse partout. 200$ de plus et une journée perdue.

Deuxième erreur. Munie d’un morceau de meriser brut, je m’étais rendue à plusieurs endroits pour aboutir à l’Entrepôt du plancher de Laval pour faire des tests de couleur. À noter ici que la teinture était déjà un  compromis au sein de mon couple car je penchais plutôt de mon côté pour un plancher blanchi (cérusé ou « whitewashed ») très scandinave. Mon chum, lui, ne voulait rien savoir d’un plancher aussi pâle. Et le merisier neuf comportait plusieurs planches tirées du cœur, et donc rougeâtres, ce qui aurait donné un effet rose pâle un peu trop années 80 à mon goût.

Bref, je cherchais une couleur brun pâle plutôt neutre (ni trop gris ni trop orangé), et je pensais avoir trouvé mon coup de cœur avec un produit italien (Carver), une teinture à l’huile naturelle sans COV, dont l’étiquette disait « Cappucino ». L’échantillon était en effet à peu près la couleur du café au lait. Facile d’application en plus, avec aucun risque de taches ou de dédoublements de couches.

Catastrophe! À l’application, c’était plutôt espresso arabica noir hyper serré. Visiblement, l’échantillon préparé par le vendeur n’était absolument pas représentatif de la couleur finale. Quand je commande un cappuccino, c’est pas un café turc que je veux.

Déjà anxieuse que ce soit trop foncé, j’avais opté pour la prévoyance et acheté plusieurs contenants d’huile neutre pour diluer au besoin la teinture. Mais même en diluant à 50%, et ensuite à 75%, c’était toujours très foncé. Certaines planches donnaient un bon résultat, mais d’autres viraient au brun orangé ou pire, buvaient la teinture inégalement et donnaient un effet moucheté pas joli du tout. Paraît que c’est normal, le merisier est un bois difficile à teindre. Mais ça, personne ne nous l’avait dit avant ce fiasco.

De plus, on voyait encore apparaître des marques affreuses laissées par la sableuse, donnant des endroits plus foncés ou plus pâles. La polisseuse n’avait pas arrangé les dégâts causés par le premier sablage.

Les taches plus foncées ne sont pas attribuables à la teinture. Ce sont les marques inégales de sablage qui ressortent. En termes de couleur, c'est la moins pire des pièces puisque le vieux plancher du deuxième était plutôt uniforme. Au rez-de-chaussée, c'était plutôt "pizza toute garnie" en termes de variations.

Question évidente : pourquoi avoir continué après la première pièce? Je ne sais pas ce qui nous a pris.

Tout au long de l’opération (à genoux pour essuyer la teinture!!!) Patrick et moi doutions du résultat. Mais on aurait dit qu’on était en transe. On voulait terminer. On espérait que ça s’arrange en séchant.  Il était tard, on était fatigués. Le lendemain, mon gentil beau-père s’était déplacé pour m’aider, et même si j’ai eu plusieurs moments de panique et de doute existentiel, j’ai continué, appuyée sur mes genoux endoloris pendant 8 heures, à appliquer cette foutue teinture laide.

À force de dévisager le plancher en se demandant si c’était vraiment affreux ou si on capotait pour rien, on était en train de devenir fous. Quand notre entrepreneur général (qui nous avait d’ailleurs déconseillé de faire ça nous-mêmes) est passé jeter un coup d’œil en soirée, on a vu sa « face de gars qui trouve ça horrible et qui ne veut pas nous décourager » et on a su. C’était laid pour vrai.

Je n’en ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain, j’ai pleuré. Beaucoup. De rage et de fatigue.

Finalement, le sablage mal fait nous a sauvé, en quelque sorte. Patrick a passé un coup de fil au sableur pour lui expliquer combien les marques étaient ressorties avec la teinture. Honnête, il est revenu sur place constater les dégâts par lui-même. Et il a tout re-sablé. À ses frais.

On a mis un vernis à l’eau transparent, fini satiné. La couleur blonde naturelle du bois ressort, et l’espace est beaucoup plus lumineux. C’est pas le plancher de mes rêves, mais ça reste dans l’esthétique scandinave et surtout, c’est mille fois plus beau que ce que c’était.

Et j’ai recommencé à dormir.

CONSEILS POUR ÉVITER LE FIASCO DE MARIE-CLAUDE :

Précisez au sableur que vous ferez une teinture. Vérifiez autant que possible la qualité du sablage à la lumière du jour.

Faites plusieurs tests de couleurs sur place, à la lumière du jour, sur plusieurs planches (au moins 4 ou 5 pieds carrés) et prenez 24 heures pour y réfléchir.

En cas de doute, arrêtez!

Faites affaire avec un professionnel expérimenté en teinture et soyez présents lorsque l’application débute afin de vous assurer que vous aimez la couleur. Ou achetez du plancher pré-teint ou pré-verni. Vous saurez exactement ce que le résultat final donnera.

Avant d’opter pour un plancher de couleur plutôt foncée, évaluez bien l’impact sur la luminosité de votre espace.

Le chemin parcouru

Je n’ai pas blogué depuis des semaines. J’avais trop peur de vous emmerder avec mes complaintes de fille-écoeurée-des-rénos-qui-fait-un-peu-chier-quand-même-de-se-plaindre-tout-le-temps. Déprimée, « à boutte », jalouse des Plateausiens qui brunchent le dimanche pendant que je me tape le Home Depot et la poussière de chantier pour la 20ème fin de semaine de suite. Je sens déjà que vous êtes contents que je me sois abstenue.

Mais il y a deux semaines, Ô Miracle, j’ai réalisé que la maison allait être é-coeu-ran-te et que tous les efforts, les chicanes de couple, les décisions interminables, l’exaspération, tout ça allait valoir la peine. Il reste des milliers de trucs à faire mais sous nos yeux, la maison est en train de prendre forme. Après des mois passés à retenir notre souffle et à se répéter d’être patients avec un grand P, on peut commencer à mesurer le chemin parcouru. Fêterons-nous Noël dans notre nouveau chez-nous? On l’espère très fort mais rien n’est moins sûr, vu que la cuisine n’est même pas installée.

En attendant, un petit voyage dans le temps, en images.

En décembre 2009, Patrick et moi avons décidé qu’on en avait marre de trimballer nos petites valises chez l’un et chez l’autre. On voulait vivre ensemble, bon. Dilemme: nous sommes tous les deux propriétaires, lui d’un triplex de Petite-Patrie, moi d’un condo du Plateau, mais ni l’un ni l’autre ne trouve l’appart de l’autre à son goût. Il n’y a pas de bureau intéressant pour moi chez lui et il n’y a pas de grande cour  pour lui chez moi. Après avoir passé 3 mois à faire d’innombrables visites en espérant dénicher un autre « plex » qui nous conviendrait à tous les deux, nous sommes arrivés aux constats suivants. 1) Les duplex et triplex à vendre dans les quartiers qui nous intéressaient étaient très chers (450 000$ et plus) et avaient besoin de rénos majeures pour convenir à nos goûts et besoins (espaces décloisonnés. lumière. plusieurs chambres). 2) Ça revenait moins cher de récupérer le 2ème étage du triplex de Patrick pour y aménager un cottage vraiment à notre goût.

Voici donc d’où on est partis, soit le plan du rez-de-chaussée et de l’appartement existant du deuxième étage.

Triplex De La Roche, RDC et 2è existants, Mars 2010

 

Et après moult tergiversations et 3 versions de plans différents, réalisés en collaboration avec notre « dream team » composé de la designer Rébecca Bourque et de l’architecte David Lavoie, on a abouti à ça. À quelques détails près, c’est le plan de la maison tel qu’exécuté.

 

Plan du Rez-de-chaussée. Hormis la petite chambre-bureau, le rangement et la salle de bain, tout le reste de l'espace est une grande aire ouverte en L, éclairé par une porte vitrée surdimensionnée d'environs 16 pieds x 8 pieds à l'arrière, s'ouvrant largement sur la terrasse et le grand jardin en été.

 

Plan de l'étage. Mon bureau se trouvera dans l'aire ouverte donnant sur l'ouverture de l'escalier. On préserve le foyer au bois existant dans le séjour, qui pourra devenir une autre chambre au besoin.

Ça, c’était sur papier. En juin, on a commencé la démolition. En juillet, les travaux. Un aperçu, étape par étape.

Le salon du rez-de-chaussée avant que les idées de grandeur ne s'emparent de nous. On aperçoit la cuisine et la porte menant au jardin à l'arrière.
Le salon, post-démolition. On aperçoit le jardin au fond. Des tonnes et des tonnes de plâtre et de lattes de bois sont sortis de là!

 

Août-Septembre. Les travaux de structure achèvent. On a coulé de nouvelles assises en béton au sous-sol, hissé de nouvelles poutres et colonnes en BC fir récupéré d'une vieille meunerie, et redressé le plancher et le plafond sur tout l'étage. Déjà, on respire, c'est ouvert!
Le gypse est monté à moitié. Il faut préparer l'ouverture pour la grande porte vitrée à l'arrière. La maison ressemble temporairement à une zone de guerre. 31 octobre 2010, il fait froid!!!
Mon look "Europe de l'Est" spécialement conçu pour donner des coups de masse dans un mur de brique avec élégance. Rassurez-vous, on avait solidifié toute la structure de l'ouverture en acier au préalable.
Finaliser le trou. Bonjour les voisins! Oui, on est un peu fous.
Livraison de la porte. A-t-on pris les bonnes mesures? Est-ce que ça va rentrer? Sueurs froides.
C'est encore plus beau que ce qu'on imaginait!! C'était le 8 novembre. Depuis, le nouveau plancher de bois francs a été installé au rez-de-chaussée et le plancher existant réparé au deuxième. Les joints de plâtre sont aussi terminés.
Deuxième étage. Août 2010. La structure est achevée, les nouvelles cloisons montées. Filage électrique terminé.
2ème étage, mi-novembre. Vue depuis mon bureau vers l'arrière de la maison. On aperçoit la céramique de la salle de bain à droite. Le plâtre achève. Les trous des anciennes cloisons qu'on voit au plancher ont depuis été impeccablement réparés par les mains magiques de notre entrepreneur.
Façade arrière, Mars 2010. Sait-on vraiment dans quoi on s'embarque?
Début novembre. En attendant la réception de la porte. 50 voyages à l'Éco-centre plus tard, Patrick a trié le bois qu'il veut conserver pour se construire un nouveau cabanon-atelier l'été prochain.
27 novembre 2010. La vieille "shed" bleue hideuse est démolie, la façade dégagée. Va-t-on nettoyer et garder une partie de la cloison en bois qui nous sépare du voisin? À voir. La cour est à nouveau pleine de détritus. Au printemps, nous allons harmoniser toutes les portes et fenêtres en noir et nous devrons réparer et peindre les balcons aussi.

Comme je disais plus haut, il reste des tonnes de trucs à faire, notamment installer la cuisine, sabler, teindre et huiler les planchers, peinturer partout et finaliser les salles de bain. Encore quelques semaines avant de pouvoir emménager, au bas mot. Va-t-on se réveiller dans notre nouvelle maison au matin du 25 décembre ? Stay tuned.

Dur, dur pour les immigrants de s’intégrer au boulot

Dossiers chauds

Entrevue avec Marie Mc Andrew

Les immigrants qui refont leur vie au Québec ne vivent pas un conte de fées : en 2009, leur taux de chômage était presque deux fois plus élevé que celui des travailleurs natifs d’ici. Et même si plus de la moitié sont titulaires d’un baccalauréat, leur intégration économique est plus cahoteuse ici qu’en Ontario, entre autres.

Magazine Jobboom, Novembre 2011

La barrière linguistique est notamment en cause : malgré des avancées dans la francisation au cours des décennies, 35 % des résidents permanents ne connaissent que l’anglais ou, pire, aucune des deux langues officielles. Pourtant, certains économistes et démographes estiment qu’il serait justifié d’accueillir toujours plus d’immigrants pour contrer les manques de main-d’œuvre et le vieillissement de la population active.

Pour Marie Mc Andrew, professeure à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’Éducation et les rapports ethniques, il n’y a pas de chiffre magique au-delà duquel le Québec ne pourrait plus accueillir d’immigrants. Mais avant d’en recevoir davantage, il faudrait s’assurer de mieux intégrer ceux qui sont déjà arrivés.

Q › Qu’est-ce qui bloque l’intégration professionnelle de nos immigrants?
R › Plusieurs facteurs sont en cause. D’abord, des immigrants francophones qui ont des lacunes en anglais s’installent massivement à Montréal, où le marché du travail est bilingue. Aussi, le Québec sélectionne maintenant davantage les immigrants en fonction de l’employabilité plutôt que des pénuries de main-d’œuvre. Et même dans les cas de pénuries, les besoins sont parfois surestimés, comme cela s’est produit en informatique, par exemple. Plusieurs immigrants spécialisés dans ce domaine tentent maintenant de se réorienter.

De plus, la fonction publique québécoise, qui est située surtout dans la région de Québec, de même que les PME, qui forment un bastion canadien-français, tardent à devenir plus inclusives. Et finalement, comme nous n’échappons pas au contexte post-11 septembre, il y a des préjugés à l’égard des immigrants, entre autres envers les Nord-Africains musulmans. Il faut dire qu’au cours des dix dernières années, conséquence de la sélection de francophones, le Québec a accueilli plus de musulmans que les autres provinces, soit majoritairement des Africains et des Maghrébins.

Q › Plusieurs immigrants ont du mal à faire reconnaître leurs diplômes par les ordres professionnels. Cela freine-t-il leur intégration?
R › Ça n’explique pas toutes leurs difficultés, car ce n’est qu’une faible proportion des 30 000 à 35 000 immigrants adultes qui arrivent chaque année qui ont une profession régie par un ordre professionnel – médecin ou ingénieur, par exemple. Mais la reconnaissance des diplômes reste une question importante. Si les plus qualifiés n’arrivent pas à trouver de travail, c’est révélateur des difficultés d’intégration vécues par les immigrants en général.

Q › Certains employeurs associent les musulmans aux demandes d’accommodements raisonnables. Sommes-nous racistes?
R › Sans que ce soit de la discrimination consciente, il y a une tendance naturelle à embaucher des gens qui nous ressemblent. Mais c’est difficile à quantifier, car un employeur qui rejette un candidat parce qu’il est musulman ne s’en vante pas et les gens instruits s’autocensurent pour avoir l’air politiquement corrects. C’est bien que le gouvernement tente de valoriser la diversité, mais on a une côte à remonter. Beaucoup de Québécois qui habitent loin des grands centres ne côtoient pas d’immigrants au quotidien et les images médiatiques peuvent les insécuriser. Ils ne distinguent pas l’ensemble des immigrants de certains groupes radicaux ou orthodoxes.

Q › Le gouvernement québécois prend-il de bonnes mesures?
R › C’est un chantier social complexe. Bien que le discours économique soit favorable à l’immigration, il y a aussi une crainte face à celle-ci lorsqu’on aborde les questions linguistiques et identitaires. Le gouvernement n’a annoncé aucune mesure depuis que la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables a déposé son rapport en 2008. Il n’y a aucun leadership pour contrer la peur de l’immigration vécue par la population. Quelqu’un doit mettre ses culottes sur cette question.

Q › Pourquoi les immigrants ont-ils plus de mal à trouver du travail au Québec qu’ailleurs au Canada?
R › En matière d’intégration, le Québec a 20 ou 30 ans de retard sur le reste du Canada. À partir des années 1950 et 1960, les communautés d’immigrants de Toronto, de Vancouver et de Calgary qui souffraient de chômage ont revendiqué des entreprises plus inclusives. Au Québec, cet enjeu n’existait pas alors, car les immigrants s’intégraient à la minorité anglophone. La réflexion du Québec s’est plutôt amorcée dans les années 1970 et 1980, avec la création de la loi 101, entre autres, qui a forcé les enfants d’immigrants à fréquenter l’école francophone. À la même époque, le Québec a aussi commencé à participer à la sélection de ses propres immigrants – autrefois choisis par le gouvernement fédéral –, dans le but de les intégrer à la majorité francophone.

Q › Nos travailleurs immigrants sont-ils heureux de leur situation professionnelle?
R › D’un côté, beaucoup d’immigrants scolarisés sont très mécontents du processus d’intégration. À l’opposé, des immigrants non sélectionnés – qui représentent environ 40 % des entrées annuelles et qui sont des réfugiés, par exemple – pourvoient des emplois bas de gamme et n’ont souvent que du bien à dire du Canada ou du Québec. À nos yeux, leurs conditions de vie sont difficiles, mais pour eux, elles sont meilleures que dans leur pays d’origine. Il demeure que les immigrants ont aussi leur part de responsabilité dans leur intégration. Plusieurs retournent aux études pour se perfectionner. J’ajouterais que les immigrants qualifiés ne devraient pas craindre de quitter Montréal pour trouver du travail. Les élus régionaux et les organismes communautaires ont d’ailleurs un rôle à jouer pour mieux les accueillir dans leur coin de pays.

Q › Est-ce vrai que l’intégration sociale des immigrants est meilleure ici qu’en Europe?
R › Oui, parce qu’il y a des immigrants dans toutes les sphères de notre société, pas seulement dans les emplois mal rémunérés. Sélectionner uniquement des immigrants peu éduqués pour les parquer dans des banlieues, c’est la recette parfaite de l’explosion. Il ne faut pas créer une société où l’origine détermine la classe sociale. Mais je m’inquiète quand même des répercussions à moyen terme sur les enfants de nos immigrants qualifiés qui ont des difficultés. Ça peut être déprimant pour eux de voir leurs parents traverser cette épreuve. Il faut s’assurer que cette génération ne subira pas les conséquences des erreurs commises auprès de la première génération d’immigrants.