Trump et le bonheur à l’américaine

Publié dans la page Débats de La Presse le 12 novembre 2016 

Trump et la poursuite du bonheur à l’américaine

La couverture médiatique de l’élection américaine, cette longue téléréalité qui dure depuis plus d’un an et qui a connu son climax narratif dans la nuit de mardi, entre maintenant dans la ronde « trouvons des explications ». Racisme, colère de l’homme blanc moyen, délocalisation des emplois, colère contre « l’establishment » – quoi que ça me dépasse qu’on puisse penser contester l’élitisme en élisant un millionnaire privilégié– voilà les grandes lignes des analyses qui se dégagent depuis le 8 novembre.

Et si les racines de ce choc se trouvaient ailleurs, notamment dans le culte de la pensée positive qui avale l’Amérique ? De fait, l’élection de Donald J. Trump est l’aboutissement logique d’une idéologie aux fondements mêmes de la nation américaine, soit la fameuse « poursuite du bonheur » inscrite dans la Constitution américaine.

Or, cette poursuite du bonheur est strictement individualiste, alimentée par le mythe du self-made man : l’homme libre qui, grâce à sa seule volonté et ses efforts, réussit à accumuler de la richesse et atteindre le « succès », peu importe ses origines. C’est le clou qu’a d’ailleurs enfoncé sans relâche Donald Trump tout au long de sa campagne, répétant sans cesse à quel point il était un homme d’affaires brillant qui avait su bâtir un empire financier impressionnant. Peu importe si les faits le contredisaient (faillites, fraude, résultats financiers décevants dans plusieurs projets), le discours du « gagnant » indépendant, débrouillard et déterminé était répété sans relâche, évitant par le fait même d’aborder le fait que sa fortune s’était construite sur une grande fortune familiale préexistante.

Rappelons que le pasteur de la famille Trump était Norman Vincent Peale, un proche de la famille Nixon et des Reagan, auteur du bestseller planétaire « Le Pouvoir de la pensée positive », publié à l’origine en 1952, soit en en plein boom économique de l’après-guerre. Pasteur méthodiste peu enclin aux débats théologiques, Peale souhaite mettre la spiritualité au service d’une plus grande prospérité personnelle. Aux fondements de sa philosophie se trouve l’idée que nos idées créent la réalité. Il écrit par exemple « Ne vous imaginez jamais en train d’échouer. Cela est très dangereux, car l’esprit cherche toujours à réaliser ce qu’il imagine. Imaginez donc toujours le succès, peu importe à quel point les choses vont mal dans le moment présent. »

Selon Peale, les individus risquent donc l’échec dans toutes leurs entreprises, voire dans leur vie entière, à moins d’entretenir constamment et uniquement des pensées positives, un dogme qui, de surcroit, s’applique le plus souvent à nous convaincre qu’en dehors de l’accumulation de la richesse, point de salut. C’est une philosophie qui fait aussi reposer sur l’Individu toute la responsabilité de sa condition. Bref, si ce sont nos pensées qui créent la réalité, les inégalités économiques, raciales ou de genre n’ont pas d’importance dans le destin d’un individu. Voyons, il suffit de se relever les manches et de « penser positif » !

Pour l’Américain blanc de classe moyenne, qui a vu depuis vingt ans sa qualité de vie et sa sécurité financière de plus en plus fragilisées, l’image d’un supposé « self-made man », promettant de ramener la prospérité au pays grâce à sa seule volonté, avait de quoi séduire, on peut le comprendre.

Mais à entendre Donald Trump balayer cavalièrement du revers de la main les questions sur ses propos sexistes et racistes, à le voir bomber le torse en disant « je suis le meilleur » même lorsqu’on lui rappelle ses échecs financiers ou son ignorance des enjeux sociopolitiques planétaires, on voit le dogme pernicieux de la pensée positive à l’œuvre.

Une incapacité totale à reconnaitre ses propres failles et angles morts.

Voilà qui devrait nous inquiéter profondément pour la suite des choses. Espérons que l’élève brouillon et dissipé mais néanmoins toujours convaincu d’être « le meilleur » en toutes circonstances sera mis à rude épreuve par le fardeau réel de la présidence, une leçon d’humilité et de réalisme s’il est.

 

 

 

 

La dictature du bonheur – essai

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Mon premier essai, La dictature du bonheur, est sorti en librairies le 1er avril 2015. Même si je gagne ma vie depuis plus de quinze ans avec ma plume, je reportais souvent à plus tard le projet d’écrire un livre, faute de temps et, disons-le, parce que j’étais légèrement paralysée par le doute et la peur de l’échec. Comme beaucoup de gens, je crois! Et puis, un jour, quelqu’un a lu un reportage que j’avais écrit sur la quête du bonheur pour ELLE Québec et m’a présenté la belle équipe de VLB Éditeur. À partir de là, tout s’est enchaîné très vite. Bien que la recherche sur le sujet m’occupe depuis longtemps, le livre a été écrit dans une période très intense de six mois.  Une très belle expérience qui m’a donné envie de recommencer bientôt.

À propos du livre:

L’industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et « positive », parfois au mépris de la réalité. Marie-Claude Élie-Morin l’a réalisé de la manière la plus intime qui soit au décès de son père. Dans ce livre, elle expose avec humour et discernement les vicissitudes d’une manière de penser qui fait que beaucoup de gens en arrivent à se blâmer d’être malades, malheureux, seuls ou pauvres. À force de nous répéter que nous sommes les seuls artisans de notre bien-être, la dictature du bonheur ne serait-elle pas en train de nous isoler des autres et de nous couper de nous-mêmes ?

Un extrait du livre ici

On peut se le procurer ici 

 

 

Sortir de nos cubicules pour être plus heureux

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Nouveau projet, Automne 2014

Si vous avez déjà oeuvré dans un bureau, il y a fort à parier que votre espace de travail se trouvait dans un cubicule, comme c’est le cas pour la majorité des Nord-Américains. Le journaliste new-yorkais Nikil Saval retrace les origines de ce symbole moderne dans Cubed: A Secret History of the Workplace.

Imaginé dans les années 1960 par l’inventeur prolifique Robert Propst, était au départ une structure à trois cloisons mobiles, permettant de travailler debout, assis, seul ou à plusieurs. Probst avait même nommé son invention le « bureau en action », destiné à libérer les travailleurs de la nouvelle économie du savoir des abrutissantes lignes d’assemblage impersonnelles. Ironie du destin, le cubicule est plutôt devenu le symbole par excellence de l’aliénation au travail. Plusieurs entreprises ont en effet copié et perverti le concept de Propst – très peu coûteux à produire et à installer – pour créer à travers l’Occident de vastes étendues d’enclos gris où la classe moyenne écoule ses jours de 9 à 5, cordée en rangs d’oignons comme dans un parc d’engraissement.

Les désagréments de ce type d’environnement de travail sont bien connus, et font même l’objet d’un certain culte ironique, comme en témoignent la BD Dilbert ou le film Office Space. En 1997, un sondage mené par le fabricant de mobilier de bureau Steelcase révélait que 93% des personnes travaillant dans un cubicle préféreraient un espace différent. En 2013, une autre recherche montrait que les habitants des cubicules étaient de loin les plus malheureux au travail.

Sous l’influence de Silicon Valley et avec l’émergence d’une culture du travail plus décontractée, l’aire ouverte a maintenant la cote. Mais c’est loin d’être une panacée. En effet, des recherches récentes démontrent que l’absence d’intimité et le bruit dans les aires ouvertes sont des irritants importants. Certains travailleurs ont pris l’habitude de travailler avec des écouteurs sur la tête et s’ennuieraient même un peu des murs de leur cubicule, c’est dire !

Nouveau projet a donc demandé à Nikil Saval à quoi devrait ressembler le bureau du futur, pour que nous soyons plus heureux au boulot. Voici ce qu’il a répondu.

(version intégrale de l’article ici)

 

 

 

Bourrelets de rénovation

Conséquence inattendue (et plutôt désagréable) de mon implication sur le chantier? Je mange comme un gars de la construction. C’est-à-dire mal. Et tous mes jeans, sauf les vieux pantalons sales que j’enfile pour aller peinturer/sabler/nettoyer, sont maintenant serrés.

Comme la cuisine de la nouvelle maison était inexistante jusqu’à la fin décembre et qu’elle tarde encore à être opérationnelle, impossible de s’y faire des bons petits lunchs santé. Vous me direz que je pourrais apporter une boîte à lunch, et je l’ai fait avec quelques reprises. J’ai aussi traîné d’innombrables bouteilles d’eau et des sacs de clémentines pour essayer d’incorporer un peu de vitamines dans notre diète. Mais quand je me lève à 6h30 ou 7h00 pour être sur le chantier de bonne heure, après avoir englouti un gros café et marché le chien, disons que je ne me sens pas trop inspirée pour concocter une boîte à lunch équilibrée.

Et puis je l’avoue. Après 4 heures à genoux à frotter des taches de coulis sur le plancher ou un avant-midi à me faire les bras avec le rouleau de peinture, ce n’est pas d’une salade au thon avec du pain germé que j’ai envie pour le lunch. Travailler physiquement donne plutôt envie de manger chaud, salé et gras. Un bon burger, une frite, et un Coke pour faire (mal) passer tout ça. Moi qui avait presque complètement éliminé la malbouffe de mon alimentation depuis des années, je n’ai jamais mangé autant de junk food de ma vie. Sans compter la tradition des cafés et petites douceurs, que l’on s’apporte mutuellement sur le chantier pour s’encourager.

Même si on voulait faire l’effort de mieux manger à l’extérieur, je constate avec effroi que le petit resto de quartier sans prétention qui nous recevrait (sales, poussiéreux, couverts de taches de plâtre, de peinture ou décorés de brin de scie) sans sourciller pour nous servir des plats maison équilibrés n’existe pas. La dizaine de casse-croûtes autour de la maison ont tous plus ou moins le même menu : burgers, hot dogs, pizza, sous-marins… quand l’item le plus santé sur la carte est le club sandwich, ça part mal. Le Québec a fait des progrès en matière de culture culinaire (tout le monde se réclame de la vague foodie), mais dans les faits, on dirait que beaucoup d’entre nous carburent encore aux steamés-patates. L’option la plus sage est d’aller manger un gros bol de soupe dans l’un des nombreux « Pho » du coin, mais on se lasse rapidement du bouillon et des nouilles.

Les repas qu’on prend le soir dans mon condo (où l’on vit pendant les travaux) ne sont guère mieux. Ni le temps, ni le goût de cuisiner dans cet appartement devenu complètement bordélique à force de se faire négliger. Aller au gym pour brûler les calories de trop ? Oubliez ça. Il y a des soirs où Patrick et moi sommes tellement fatigués que l’effort minimal requis pour se lever du sofa et se faire cuire des pâtes nous semble surhumain. Nos mamans respectives nous ont fait cadeau de petits plats cuisinés de temps à autre, et c’était comme des cadeaux du ciel.

Bref, je comprends pourquoi les hommes étaient heureux, jadis, quand ils rentraient des champs, fatigués et affamés, pour s’asseoir devant un bon repas cuisiné par leur épouse. La féministe en moi n’en revient pas de dire ça, mais ça nous prendrait une femme à la maison!

Entre-temps, je vais endurer la frustrations des jeans-qui-me-pètent-dessus, en me rappelant que c’est temporaire et que dans ma nouvelle cuisine (yaaaaaaaayyy), je pourrai bientôt retrouver le plaisir de cuisiner… santé.

Le fiasco : Part 2!

Un malheur ne vient jamais seul, dit l’adage. En d’autres mots, quand ça va mal, ça va mal!

Dans mon dernier billet, je vous racontais nos déboires pour faire sabler, teindre et enfin re-sabler nos planchers. Au début décembre, nous en étions au sixième mois des travaux et pressés de terminer.

Dans un projet de rénovation comme celui que nous avons entrepris, il n’y a pas seulement les coûts de main d’œuvre et de matériaux à prendre en considération. Chaque mois où nous n’occupons pas les lieux équivaut aussi à un paiement hypothécaire « dans le vide », sans compter les frais pour se loger ailleurs pendant les travaux. C’était prévu au budget, mais le budget, justement, commençait à atteindre ses limites. Sur le plan personnel, après six mois passés à consacrer tous nos temps libres au projet, on aurait bien aimé pouvoir emménager dans la maison pour les Fêtes et s’y reposer quelques jours. Notre naïveté me fait aujourd’hui sourire.

Bref, nous avions eu des mauvaises surprises avec le premier sablage des planchers. L’application de la teinture avait révélé des stries et marques abondantes, signe que le sablage avait été fait à la va-vite avec, possiblement, une sableuse défectueuse.

L’entrepreneur avait accepté de venir constater les dégâts et, après discussion, nous avait offert de tout re-sabler, à ses frais. Pourquoi lui confier à nouveau du travail après qu’un de ses employés nous ait livré une telle « job de cochon », comme on dit ? Nous aurions préféré qu’il nous remette simplement notre argent. Mais il nous a promis de veiller personnellement à ce que le travail soit bien fait. Débordés par toutes les autres choses à faire, nous étions soulagés de ne pas avoir à trouver et payer un autre entrepreneur.

Échaudés par l’épisode de la teinture, on a choisi de laisser le bois au naturel, et d’y appliquer seulement un vernis à l’eau transparent. Depuis le début de ce projet, nous essayons de faire des choix en accord avec nos valeurs écologiques. Acheter des produits locaux, récupérer et réutiliser autant que possible certains éléments, et surtout, choisir des produits avec le moins d’impact possible sur notre santé et la planète (On a par exemple choisi d’isoler la maison avec de la mousse à base d’huile de ricin).

Pas question, donc, de faire la finition des planchers au vernis à l’huile. Le « cristal » de Varathane utilisé pendant des années dans les maisons est hautement toxique et plusieurs études ont montré qu’il s’agissait d’un produit carcinogène. Depuis le 9 septembre 2010, le gouvernement du Canada a emboîté le pas aux États-Unis et appliqué une mesure qui interdit la fabrication et l’importation au Canada de vernis excédant 350gCOV/L et interdit la vente de ces mêmes produits à partir du 9 septembre 2012. Les vernis à l’huile ont de plus fortement tendance à jaunir, masquant la couleur naturelle du bois.

Habitués de travailler avec ces produits – qui sont aussi beaucoup moins chers que les nouveaux produits au latex – depuis des années, certains entrepreneurs en finition de planchers ont fait des provisions de vernis à l’huile avant la fin de leur production et font fi de la loi en continuant de les offrir à leurs clients. Je l’ai constaté en faisant faire différentes soumissions.

Pour ma part, je ne veux rien savoir d’un produit qui requiert de vider son réfrigérateur et de quitter les lieux pendant des jours tellement il est toxique! Quand notre entrepreneur (Sam, de son prénom), nous a proposé d’utiliser un apprêt-scellant comme première couche avant le vernis, je lui ai donc fait répéter, à lui et à son employés, au moins 5 fois qu’il ne s’agissait PAS d’un produit à l’huile. Il nous a assuré qu’il utilisait les produits au latex de marque Finitec, et que l’apprêt en question ne dégageait presque aucune odeur.

Mais quand Patrick est allé jeter un coup d’œil en fin de journée après l’application dudit scellant, il a été accueilli par des vapeurs toxiques tellement fortes que ses yeux ont larmoyé. Il s’est empressé d’ouvrir les fenêtres pour aérer, mais l’odeur a persisté pendant des jours. Heureusement que notre gentil locataire du troisième était absent!

Le lendemain, Sam nous a répété que le produit utilisé n’était pas à l’huile, et que l’odeur était temporaire. Il était un peu trop tard pour s’obstiner, le produit était appliqué. Est-ce qu’on se faisait mentir en pleine face? Étions-nous trop sensibles aux odeurs? On nageait en plein inconnu.

Nous nous étions entendu avec lui que la couche finale de vernis serait appliquée plus tard, une fois nos armoires de cuisine installées, pour éviter les égratignures.

Avec la première couche de vernis appliquée, nous avons constaté (encore!!!) des marques inégales un peu partout, et même des flaques et gouttes de produit séché. Nous avons pointé ces défauts du doigt à Sam, qui nous a assuré qu’avant la couche finale, il passerait une polisseuse qui égaliserait le tout, et que la dernière couche de vernis serait appliquée impeccablement. Nous avons conclu une entente verbale : si la finition n’est pas à notre goût et les défauts ne sont pas corrigés, nous ne payons pas.

Flaque et éclaboussures de vernis séché laissées après la première couche.

Vous me voyez venir, j’imagine. La cuisine était livrée le lendemain. Pas le choix d’avancer et de se croiser les doigts pour que Sam soit digne de notre confiance. Le 22 décembre, ça y est, les armoires sont installées. La peinture est bien avancée et nous  avons travaillé d’arrache-pied pour tout ranger et nettoyer pour la couche finale de vernis. Au petit matin, les employés de Sam se pointent pour effectuer le travail. Vers 17h, nous nous rendons sur le chantier pour évaluer le travail.

Encore une «job de cochon ». Nous sommes enragés, au bord de la crise de nerf.

Maintenant, c’est difficile de savoir laquelle des trois couches (scellant, deux vernis) est en cause. Patrick appelle Sam pour lui dire, pas très gentiment, que nous lui paierons pas un sou noir pour ce travail dégueulasse. Il s’excuse profusément, arrive 15 minutes plus tard, engueule son employé au téléphone devant nous et nous promet d’être là le lendemain matin pour corriger le tout lui-même.

Le lendemain matin, Patrick et moi sommes sur place, pratiquement collés tous les deux aux talons de Sam, épiant par-dessus son épaule pendant qu’il ré-applique le vernis.

Après 150 pieds carrés, ça devient évident que la dernière couche n’arrange rien. Les marques de décoloration et les stries ne disparaîtront pas. Sablage mal fait? Scellant (à l’huile?) mal appliqué ? Sam est incapable de nous dire pourquoi le plancher est aussi moche.

Notre patience a FINALEMENT atteint sa limite. Bye, bye Sam. Prends tes cliques, tes claques et ne touche plus à rien, s’il vous plaît.

Son annonce est encore sur Kijiji. Il vous souhaite Bonne Année 2011. Nous on aimerait qu’il se fasse ch… beaucoup en 2011, et on envisage de porter plainte contre lui à la R.B.Q. Ou de le dénoncer à La Facture. Sauf qu’on a été cons et qu’on a pas de facture, justement.

Postface :

En guise de cadeau de Noël, Gerardo est descendu du ciel pour nous sauver. Gerardo, c’est l’expert en finition de planchers référé par notre tireur de joints. Il est venu constater les dégâts de Sam le 27 décembre, en plein congé des Fêtes, et s’est pointé dès le 4 janvier pour re-sabler le rez-de-chaussée et faire des retouches au deuxième (le plancher d’origine à l’étage a été trop grugé par les incompétents de Sam pour subir un autre sablage en entier). Minutieux. Honnête. Gerardo nous a confirmé que Sam nous avait escroqué en utilisant un produit à l’huile tout en nous facturant un produit au latex trois fois plus cher (Les produits au latex, ça ne sent VRAIMENT presque rien). Et grâce à lui, notre plancher a été rescapé. Merci, Gerardo.

Le fiasco

Leçons apprises d’un désastre

« Veux-tu un prix ou bedon tu veux une belle job? », m’a dit André, notre poseur de planchers. Il parlait d’un contrat de sablage, teinture et vernissage de planchers que j’hésitais à lui confier parce qu’il nous demandait 3.25$ du pied carré. Avec près de 2000 pieds carrés à faire, le calcul m’a donné le vertige. Surtout qu’on avait déjà dépensé une belle somme pour déclouer, nettoyer, re-poser et réparer le plancher existant au deuxième étage et pour acheter un magnifique parquet neuf de merisier brut pour le rez-de-chaussée.

Comme on hésitait à débourser une aussi grosse somme et qu’on aime se salir les mains, on a décidé de faire la teinture nous-mêmes et de confier le sablage préalable à un autre entrepreneur, qui nous offrait le service au prix dérisoire de 0.50$ du pied carré.

Première erreur. Nous n’avons pas dit assez clairement, paraît-il, que nous avions l’intention de faire une teinture. À la lumière du jour, le plancher post-sablage présentait donc plusieurs stries et marques qui auraient disparu en y mettant un vernis transparent mais qui ne feraient qu’être plus voyantes avec une teinture. On a donc fait revenir le sableur pour lui faire passer une polisseuse partout. 200$ de plus et une journée perdue.

Deuxième erreur. Munie d’un morceau de meriser brut, je m’étais rendue à plusieurs endroits pour aboutir à l’Entrepôt du plancher de Laval pour faire des tests de couleur. À noter ici que la teinture était déjà un  compromis au sein de mon couple car je penchais plutôt de mon côté pour un plancher blanchi (cérusé ou « whitewashed ») très scandinave. Mon chum, lui, ne voulait rien savoir d’un plancher aussi pâle. Et le merisier neuf comportait plusieurs planches tirées du cœur, et donc rougeâtres, ce qui aurait donné un effet rose pâle un peu trop années 80 à mon goût.

Bref, je cherchais une couleur brun pâle plutôt neutre (ni trop gris ni trop orangé), et je pensais avoir trouvé mon coup de cœur avec un produit italien (Carver), une teinture à l’huile naturelle sans COV, dont l’étiquette disait « Cappucino ». L’échantillon était en effet à peu près la couleur du café au lait. Facile d’application en plus, avec aucun risque de taches ou de dédoublements de couches.

Catastrophe! À l’application, c’était plutôt espresso arabica noir hyper serré. Visiblement, l’échantillon préparé par le vendeur n’était absolument pas représentatif de la couleur finale. Quand je commande un cappuccino, c’est pas un café turc que je veux.

Déjà anxieuse que ce soit trop foncé, j’avais opté pour la prévoyance et acheté plusieurs contenants d’huile neutre pour diluer au besoin la teinture. Mais même en diluant à 50%, et ensuite à 75%, c’était toujours très foncé. Certaines planches donnaient un bon résultat, mais d’autres viraient au brun orangé ou pire, buvaient la teinture inégalement et donnaient un effet moucheté pas joli du tout. Paraît que c’est normal, le merisier est un bois difficile à teindre. Mais ça, personne ne nous l’avait dit avant ce fiasco.

De plus, on voyait encore apparaître des marques affreuses laissées par la sableuse, donnant des endroits plus foncés ou plus pâles. La polisseuse n’avait pas arrangé les dégâts causés par le premier sablage.

Les taches plus foncées ne sont pas attribuables à la teinture. Ce sont les marques inégales de sablage qui ressortent. En termes de couleur, c'est la moins pire des pièces puisque le vieux plancher du deuxième était plutôt uniforme. Au rez-de-chaussée, c'était plutôt "pizza toute garnie" en termes de variations.

Question évidente : pourquoi avoir continué après la première pièce? Je ne sais pas ce qui nous a pris.

Tout au long de l’opération (à genoux pour essuyer la teinture!!!) Patrick et moi doutions du résultat. Mais on aurait dit qu’on était en transe. On voulait terminer. On espérait que ça s’arrange en séchant.  Il était tard, on était fatigués. Le lendemain, mon gentil beau-père s’était déplacé pour m’aider, et même si j’ai eu plusieurs moments de panique et de doute existentiel, j’ai continué, appuyée sur mes genoux endoloris pendant 8 heures, à appliquer cette foutue teinture laide.

À force de dévisager le plancher en se demandant si c’était vraiment affreux ou si on capotait pour rien, on était en train de devenir fous. Quand notre entrepreneur général (qui nous avait d’ailleurs déconseillé de faire ça nous-mêmes) est passé jeter un coup d’œil en soirée, on a vu sa « face de gars qui trouve ça horrible et qui ne veut pas nous décourager » et on a su. C’était laid pour vrai.

Je n’en ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain, j’ai pleuré. Beaucoup. De rage et de fatigue.

Finalement, le sablage mal fait nous a sauvé, en quelque sorte. Patrick a passé un coup de fil au sableur pour lui expliquer combien les marques étaient ressorties avec la teinture. Honnête, il est revenu sur place constater les dégâts par lui-même. Et il a tout re-sablé. À ses frais.

On a mis un vernis à l’eau transparent, fini satiné. La couleur blonde naturelle du bois ressort, et l’espace est beaucoup plus lumineux. C’est pas le plancher de mes rêves, mais ça reste dans l’esthétique scandinave et surtout, c’est mille fois plus beau que ce que c’était.

Et j’ai recommencé à dormir.

CONSEILS POUR ÉVITER LE FIASCO DE MARIE-CLAUDE :

Précisez au sableur que vous ferez une teinture. Vérifiez autant que possible la qualité du sablage à la lumière du jour.

Faites plusieurs tests de couleurs sur place, à la lumière du jour, sur plusieurs planches (au moins 4 ou 5 pieds carrés) et prenez 24 heures pour y réfléchir.

En cas de doute, arrêtez!

Faites affaire avec un professionnel expérimenté en teinture et soyez présents lorsque l’application débute afin de vous assurer que vous aimez la couleur. Ou achetez du plancher pré-teint ou pré-verni. Vous saurez exactement ce que le résultat final donnera.

Avant d’opter pour un plancher de couleur plutôt foncée, évaluez bien l’impact sur la luminosité de votre espace.

Le chemin parcouru

Je n’ai pas blogué depuis des semaines. J’avais trop peur de vous emmerder avec mes complaintes de fille-écoeurée-des-rénos-qui-fait-un-peu-chier-quand-même-de-se-plaindre-tout-le-temps. Déprimée, « à boutte », jalouse des Plateausiens qui brunchent le dimanche pendant que je me tape le Home Depot et la poussière de chantier pour la 20ème fin de semaine de suite. Je sens déjà que vous êtes contents que je me sois abstenue.

Mais il y a deux semaines, Ô Miracle, j’ai réalisé que la maison allait être é-coeu-ran-te et que tous les efforts, les chicanes de couple, les décisions interminables, l’exaspération, tout ça allait valoir la peine. Il reste des milliers de trucs à faire mais sous nos yeux, la maison est en train de prendre forme. Après des mois passés à retenir notre souffle et à se répéter d’être patients avec un grand P, on peut commencer à mesurer le chemin parcouru. Fêterons-nous Noël dans notre nouveau chez-nous? On l’espère très fort mais rien n’est moins sûr, vu que la cuisine n’est même pas installée.

En attendant, un petit voyage dans le temps, en images.

En décembre 2009, Patrick et moi avons décidé qu’on en avait marre de trimballer nos petites valises chez l’un et chez l’autre. On voulait vivre ensemble, bon. Dilemme: nous sommes tous les deux propriétaires, lui d’un triplex de Petite-Patrie, moi d’un condo du Plateau, mais ni l’un ni l’autre ne trouve l’appart de l’autre à son goût. Il n’y a pas de bureau intéressant pour moi chez lui et il n’y a pas de grande cour  pour lui chez moi. Après avoir passé 3 mois à faire d’innombrables visites en espérant dénicher un autre « plex » qui nous conviendrait à tous les deux, nous sommes arrivés aux constats suivants. 1) Les duplex et triplex à vendre dans les quartiers qui nous intéressaient étaient très chers (450 000$ et plus) et avaient besoin de rénos majeures pour convenir à nos goûts et besoins (espaces décloisonnés. lumière. plusieurs chambres). 2) Ça revenait moins cher de récupérer le 2ème étage du triplex de Patrick pour y aménager un cottage vraiment à notre goût.

Voici donc d’où on est partis, soit le plan du rez-de-chaussée et de l’appartement existant du deuxième étage.

Triplex De La Roche, RDC et 2è existants, Mars 2010

 

Et après moult tergiversations et 3 versions de plans différents, réalisés en collaboration avec notre « dream team » composé de la designer Rébecca Bourque et de l’architecte David Lavoie, on a abouti à ça. À quelques détails près, c’est le plan de la maison tel qu’exécuté.

 

Plan du Rez-de-chaussée. Hormis la petite chambre-bureau, le rangement et la salle de bain, tout le reste de l'espace est une grande aire ouverte en L, éclairé par une porte vitrée surdimensionnée d'environs 16 pieds x 8 pieds à l'arrière, s'ouvrant largement sur la terrasse et le grand jardin en été.

 

Plan de l'étage. Mon bureau se trouvera dans l'aire ouverte donnant sur l'ouverture de l'escalier. On préserve le foyer au bois existant dans le séjour, qui pourra devenir une autre chambre au besoin.

Ça, c’était sur papier. En juin, on a commencé la démolition. En juillet, les travaux. Un aperçu, étape par étape.

Le salon du rez-de-chaussée avant que les idées de grandeur ne s'emparent de nous. On aperçoit la cuisine et la porte menant au jardin à l'arrière.
Le salon, post-démolition. On aperçoit le jardin au fond. Des tonnes et des tonnes de plâtre et de lattes de bois sont sortis de là!

 

Août-Septembre. Les travaux de structure achèvent. On a coulé de nouvelles assises en béton au sous-sol, hissé de nouvelles poutres et colonnes en BC fir récupéré d'une vieille meunerie, et redressé le plancher et le plafond sur tout l'étage. Déjà, on respire, c'est ouvert!
Le gypse est monté à moitié. Il faut préparer l'ouverture pour la grande porte vitrée à l'arrière. La maison ressemble temporairement à une zone de guerre. 31 octobre 2010, il fait froid!!!
Mon look "Europe de l'Est" spécialement conçu pour donner des coups de masse dans un mur de brique avec élégance. Rassurez-vous, on avait solidifié toute la structure de l'ouverture en acier au préalable.
Finaliser le trou. Bonjour les voisins! Oui, on est un peu fous.
Livraison de la porte. A-t-on pris les bonnes mesures? Est-ce que ça va rentrer? Sueurs froides.
C'est encore plus beau que ce qu'on imaginait!! C'était le 8 novembre. Depuis, le nouveau plancher de bois francs a été installé au rez-de-chaussée et le plancher existant réparé au deuxième. Les joints de plâtre sont aussi terminés.
Deuxième étage. Août 2010. La structure est achevée, les nouvelles cloisons montées. Filage électrique terminé.
2ème étage, mi-novembre. Vue depuis mon bureau vers l'arrière de la maison. On aperçoit la céramique de la salle de bain à droite. Le plâtre achève. Les trous des anciennes cloisons qu'on voit au plancher ont depuis été impeccablement réparés par les mains magiques de notre entrepreneur.
Façade arrière, Mars 2010. Sait-on vraiment dans quoi on s'embarque?
Début novembre. En attendant la réception de la porte. 50 voyages à l'Éco-centre plus tard, Patrick a trié le bois qu'il veut conserver pour se construire un nouveau cabanon-atelier l'été prochain.
27 novembre 2010. La vieille "shed" bleue hideuse est démolie, la façade dégagée. Va-t-on nettoyer et garder une partie de la cloison en bois qui nous sépare du voisin? À voir. La cour est à nouveau pleine de détritus. Au printemps, nous allons harmoniser toutes les portes et fenêtres en noir et nous devrons réparer et peindre les balcons aussi.

Comme je disais plus haut, il reste des tonnes de trucs à faire, notamment installer la cuisine, sabler, teindre et huiler les planchers, peinturer partout et finaliser les salles de bain. Encore quelques semaines avant de pouvoir emménager, au bas mot. Va-t-on se réveiller dans notre nouvelle maison au matin du 25 décembre ? Stay tuned.

Questionnaire à choix multiples

Fait vécu.

INTÉRIEUR-SOIR

Mascouche Plomberie Liquidation

Acte II, scène 1342

Il est 20h30. Le jeune couple a sa journée dans le corps et n’a pas eu le temps de manger avant de se taper une heure de bagnole en pleine heure de pointe dans l’espoir de trouver un meilleur deal qu’à la plomberie du coin. Parce que la plomberie, mes amis, ça coûte cher. Surtout quand on ne la veut pas Made in China.

Mais revenons à notre petit couple. Fatigué, l’énergie et l’enthousiasme chutant au même rythme que le taux de sucre sanguin. La bouche un peu pâteuse et les yeux rougis par les néons. Voilà plus d’une heure que la très gentille vendeuse s’occupe d’eux, en leur expliquant des choses passionnantes comme  la différence entre un robinet de douche avec commande thermostatique et un robinet balancé. Dans le magasin, il y a 150 modèles de robinetterie. Sans parler des bases de douches, des portes coulissantes ou à pivot, des baignoires, des toilettes, des lavabos, alouette.

VENDEUSE : C’est vraiment juste un aperçu. J’en ai des milliers d’autres en catalogue, alors c’est sûr qu’on va trouver quelque chose.

ELLE : Ok… celui-là, je l’aime, mais la poignée pourrait pas être plus fine?

LUI : Me semble qu’on serait bien à Cuba.

VENDEUSE : ….. (regard incertain)

ELLE : Oui, chéri, moi aussi je suis tannée, mais c’est quoi le rapport avec le robinet, là?

LUI : Ben quoi? Le communisme a ses vertus dans une situation comme ça! À Cuba il y aurait UN modèle de robinet, UN modèle de toilette, UN modèle de douche. Tu l’aimes pas? Tant pis, y’en a pas d’autres. En 5 minutes, on aurait fini! »

ELLE : Ben oui, ce serait super, pis en sortant de notre nouvelle douche, on pourrait aussi se faire dénoncer par nos voisins pour avoir critiqué le régime castriste.

VENDEUSE : Heu. Peut-être que vous en avez assez vu pour ce soir?

***

Épilogue

Ça avance, fin septembre 2009. Le rez-de chaussée est décloisonné, la nouvelle porte s'en vient et les horribles colonnes corinthiennes s'en vont bientôt, j'ai hâte 😉

Le commentaire du chéri m’a quand même fait réfléchir. Le projet avance (voir photos), mais je suis complètement dépassée par le nombre de décisions à prendre et par la multiplicité des choix pour chacune de ces décisions. Je n’avais jamais réalisé à quel point ce projet deviendrait une suite ininterrompue de tergiversations.

Post-démolition, fin juin 2009. Poussière, bonjour!
Couloir, vue en rentrant, printemps 2009. On rêve d'abattre les murs.

Déjà, à l’étape des plans, on hésitait entre plusieurs scénarios (futur billet à ce sujet). Ensuite on a longtemps magasiné la porte-fenêtre surdimensionnée qui viendra éclairer le rez-de-chaussée (On a abouti chez Alumilex). On a aussi hésité sur le type d’isolation à privilégier (uréthane au soya giclée, finalement). Et maintenant que la finition approche, c’est dément. Sur le chantier, les ouvriers nous attendent chaque jour avec leurs listes de questions. « Des moulures ou pas? Si oui, quelle couleur? En MDF ou en bois ? Quelle largeur? La toilette, tu la veux à 15 pouces ou 18 pouces du mur? L’évier, tu le veux centré dans l’ilôt de cuisine ou sur un côté? Qu’est ce que vous prenez comme céramique?»….

Miss perfectionniste ici présente en arrache. Je sais que c’est bête et superficiel, mais ça m’empêche de dormir. Le hamster mental est sur les stéroïdes.

Il paraît que je ne suis pas la seule. Son livre remonte à quelques années, mais sa thèse tient toujours la route. En 2004, le psychologue Barry Schwartz signait The Paradox of Choice: Why More Is Less. Selon lui, l’abondance de choix (de consommation et autres) dans les sociétés occidentales nous rend en fait plus malheureux qu’autre chose. C’est qu’à force de se faire présenter une kyrielle d’options, de la confiture sur nos toasts à la voiture qu’on conduit, on finit par prendre nos décisions en pensant davantage aux choix écartés et aux opportunités potentiellement manquées qu’à l’objet qu’on a choisi. Du coup, les choses dont on s’entoure ont le parfum des regrets….

À méditer.

Pour ceux que ça intéresse, Barry Schwartz résume sa pensée en 20 minutes top chrono sur le (toujours génial) site de TED.

« Slacktivist », moi?

Constat du projet de réno à ce jour? Je suis une « slacktivist ».  Comme dans: activiste qui slacke.

Au départ, j’avais des ambitions vertes, n’est-ce pas. Récupérer des matériaux. Réutiliser certains éléments clé (des armoires ou une baignoire, par exemple). Dépenser (et donc consommer) le moins possible. Il y a quelques années, j’ai même écouté religieusement les séries du Rebut Global, à Télé-Québec, où de jeunes idéalistes construisaient des maisons entièrement à partir de matériaux récupérés. J’admirais leur débrouillardise, leur créativité. Résister au rouleau compresseur de la consommation à tout crin. Vivre plus simplement.  Départager les désirs des vrais besoins. C’était bien joli, tout ça.

Déclouage du plancher de bois franc

Mais sur le terrain, mes idéaux chancellent. Entre me fendre en quatre pour trouver une manière d’utiliser des matériaux recyclés et acheter simplement du neuf, force m’est d’admettre que je penche plus souvent pour le neuf. Au grand désespoir de mon amoureux. Le membre fondateur d’Équiterre en lui a bien du mal à comprendre que je fasse des wet dreams au sujet d’une nouvelle cuisinière au gaz, par exemple. Objectivement, je sais que la question est valide: pourquoi acheter du neuf quand l’usagé fonctionne encore parfaitement bien? Mais voilà, il y a des désirs qui échappent au domaine du rationnel – en vraie foodie, je zieute les photos de cuisines luxueuses comme d’autres se vautrent dans la porno.

Et soyons honnêtes. Réutiliser, récupérer, faire des choix verts, ça coûte fréquemment plus cher. Pas tellement en matériaux. Surtout en temps : imaginez déclouer et nettoyer 1000 pieds carrés de plancher de bois franc pour ensuite le réinstaller. Prenons encore l’exemple de nos fenêtres. Pour éviter une dépense importante – et pour ne pas jeter des fenêtres encore en très bon état – on s’est dit qu’on pourrait simplement les repeindre pour les agencer aux nouvelles portes qu’on a l’intention d’acheter. Mais encore fallait-il vérifier si c’était possible de peindre des fenêtres en aluminium. Faire des recherches, passer des coups de fil, et dénicher enfin Monsieur Revêtement (c’est son vrai nom – on attend la soumission). Après, il faudra comparer le prix des travaux de peinture au prix de tout remplacer par des fenêtres neuves: d’autres recherches. Et ensuite déterminer si c’est le genre de truc qu’on pourrait faire nous-mêmes (et y passer plusieurs week-ends).

Je comprends donc parfaitement que la plupart des gens ne s’encombrent pas de tout ce questionnement et optent automatiquement pour le neuf. Cela dit, j’ai culpabilisé au max aujourd’hui en lisant cet article au sujet du mouvement des tiny houses (mini-maisons) aux États-Unis. Un peu partout au pays, des gens choisissent de vivre dans des maisons minuscules (environ 10 pieds par 8 pieds), sans eau courante et avec des toilettes à compost. La simplicité volontaire, version extrême. Apparemment, l’espace restreint force au dépouillement et ça permet aux habitants de s’élever spirituellement.

Ouais. Pensez-vous qu’il y a de la place pour une cuisinière au gaz Thermador 36 pouces dans une tiny house?

Objet de désir

PS: Plus d’info sur les tiny houses ici et ici

Voyage sur la planète architecture

Le numéro d’été d’Esquisses, le magazine de l’Ordre des architectes, propose un très beau voyage en images vers plusieurs destinations architecturales dans le monde.

J’y ai contribué un article sur l’architecture contemporaine en Californie – inspiré de mon voyage à San Diego au printemps dernier – ainsi qu’un court texte sur la popularité grandissante des sites d’échange de maisons.

Esquisses s’est aussi offert un makeover extrême, grâce aux talents de e la conceptrice graphique Amélie Beaulieu.  Pour  s’en mettre plein la vue, on peut télécharger le pdf du magazine entier ici

Ma maison contre la tienne

Échanger sa maison pour voyager

Publié dans Esquisses, Été 2010

Marie-Claude Élie Morin

Les sites d’échange de maison gagnent en popularité – une recherche Web rapide permet de le constater. Des milliers de personnes à travers le monde y inscrivent leur maison dans l’espoir de trouver d’autres « échangistes » prêts à faire le troc. Un système qui permet de voyager à peu de frais – surtout en famille. Adieu, la note d’hôtel exorbitante et les trois repas par jour au resto !

Alors, ça vous dirait de passer un mois en Toscane l’an prochain ? Vous pouvez effectuer la recherche avec la destination de votre choix comme premier critère. Vous aurez ensuite à convaincre les propriétaires des vertus de votre loft du Vieux-Québec ou de votre maison en pleine forêt laurentienne. Vous pouvez aussi faire l’inverse et inscrire votre maison en spécifiant quelques préférences pour la destination d’échange. Vous attendrez ensuite de recevoir des offres. Les échanges spontanés existent, mais vaut mieux s’y prendre quelques mois à l’avance.

La plupart de ces services fonctionnent comme des agences de rencontre… pour votre maison. Moyennant des frais d’inscription (raisonnables), on peut créer une fiche et faire des recherches ciblées d’échanges potentiels. Il va sans dire que les usagers sont sélectifs. Pas question d’échanger un bungalow vétuste de banlieue contre une merveille contemporaine dans un centre urbain. Plus votre maison est attrayante (et bien présentée), plus les possibilités d’échange deviennent intéressantes. Plusieurs architectes européens et américains y inscrivent d’ailleurs leur logis.

Le système d’échange suppose évidemment que des étrangers viendront s’installer dans vos affaires. Voilà pourquoi plusieurs personnes choisissent de converser par Skype ou par téléphone à quelques reprises afin de faire connaissance. On peut aussi ranger ou retirer certains effets personnels de la maison pour protéger son intimité. Plusieurs sites d’échanges offrent également des contrats types dans lesquels on peut consigner les détails de l’échange.

Quelques sites :

www.echange-de-maison.com

www.trocmaison.com

www.echangeimmo.com

www.echangevacances.com

www.homeforexchange.com

www.greenee.com

www.homeexchange.com