jan 10 2011

Bourrelets de rénovation

Conséquence inattendue (et plutôt désagréable) de mon implication sur le chantier? Je mange comme un gars de la construction. C’est-à-dire mal. Et tous mes jeans, sauf les vieux pantalons sales que j’enfile pour aller peinturer/sabler/nettoyer, sont maintenant serrés.

Comme la cuisine de la nouvelle maison était inexistante jusqu’à la fin décembre et qu’elle tarde encore à être opérationnelle, impossible de s’y faire des bons petits lunchs santé. Vous me direz que je pourrais apporter une boîte à lunch, et je l’ai fait avec quelques reprises. J’ai aussi traîné d’innombrables bouteilles d’eau et des sacs de clémentines pour essayer d’incorporer un peu de vitamines dans notre diète. Mais quand je me lève à 6h30 ou 7h00 pour être sur le chantier de bonne heure, après avoir englouti un gros café et marché le chien, disons que je ne me sens pas trop inspirée pour concocter une boîte à lunch équilibrée.

Et puis je l’avoue. Après 4 heures à genoux à frotter des taches de coulis sur le plancher ou un avant-midi à me faire les bras avec le rouleau de peinture, ce n’est pas d’une salade au thon avec du pain germé que j’ai envie pour le lunch. Travailler physiquement donne plutôt envie de manger chaud, salé et gras. Un bon burger, une frite, et un Coke pour faire (mal) passer tout ça. Moi qui avait presque complètement éliminé la malbouffe de mon alimentation depuis des années, je n’ai jamais mangé autant de junk food de ma vie. Sans compter la tradition des cafés et petites douceurs, que l’on s’apporte mutuellement sur le chantier pour s’encourager.

Même si on voulait faire l’effort de mieux manger à l’extérieur, je constate avec effroi que le petit resto de quartier sans prétention qui nous recevrait (sales, poussiéreux, couverts de taches de plâtre, de peinture ou décorés de brin de scie) sans sourciller pour nous servir des plats maison équilibrés n’existe pas. La dizaine de casse-croûtes autour de la maison ont tous plus ou moins le même menu : burgers, hot dogs, pizza, sous-marins… quand l’item le plus santé sur la carte est le club sandwich, ça part mal. Le Québec a fait des progrès en matière de culture culinaire (tout le monde se réclame de la vague foodie), mais dans les faits, on dirait que beaucoup d’entre nous carburent encore aux steamés-patates. L’option la plus sage est d’aller manger un gros bol de soupe dans l’un des nombreux « Pho » du coin, mais on se lasse rapidement du bouillon et des nouilles.

Les repas qu’on prend le soir dans mon condo (où l’on vit pendant les travaux) ne sont guère mieux. Ni le temps, ni le goût de cuisiner dans cet appartement devenu complètement bordélique à force de se faire négliger. Aller au gym pour brûler les calories de trop ? Oubliez ça. Il y a des soirs où Patrick et moi sommes tellement fatigués que l’effort minimal requis pour se lever du sofa et se faire cuire des pâtes nous semble surhumain. Nos mamans respectives nous ont fait cadeau de petits plats cuisinés de temps à autre, et c’était comme des cadeaux du ciel.

Bref, je comprends pourquoi les hommes étaient heureux, jadis, quand ils rentraient des champs, fatigués et affamés, pour s’asseoir devant un bon repas cuisiné par leur épouse. La féministe en moi n’en revient pas de dire ça, mais ça nous prendrait une femme à la maison!

Entre-temps, je vais endurer la frustrations des jeans-qui-me-pètent-dessus, en me rappelant que c’est temporaire et que dans ma nouvelle cuisine (yaaaaaaaayyy), je pourrai bientôt retrouver le plaisir de cuisiner… santé.


jan 7 2011

Le fiasco : Part 2!

Un malheur ne vient jamais seul, dit l’adage. En d’autres mots, quand ça va mal, ça va mal!

Dans mon dernier billet, je vous racontais nos déboires pour faire sabler, teindre et enfin re-sabler nos planchers. Au début décembre, nous en étions au sixième mois des travaux et pressés de terminer.

Dans un projet de rénovation comme celui que nous avons entrepris, il n’y a pas seulement les coûts de main d’œuvre et de matériaux à prendre en considération. Chaque mois où nous n’occupons pas les lieux équivaut aussi à un paiement hypothécaire « dans le vide », sans compter les frais pour se loger ailleurs pendant les travaux. C’était prévu au budget, mais le budget, justement, commençait à atteindre ses limites. Sur le plan personnel, après six mois passés à consacrer tous nos temps libres au projet, on aurait bien aimé pouvoir emménager dans la maison pour les Fêtes et s’y reposer quelques jours. Notre naïveté me fait aujourd’hui sourire.

Bref, nous avions eu des mauvaises surprises avec le premier sablage des planchers. L’application de la teinture avait révélé des stries et marques abondantes, signe que le sablage avait été fait à la va-vite avec, possiblement, une sableuse défectueuse.

L’entrepreneur avait accepté de venir constater les dégâts et, après discussion, nous avait offert de tout re-sabler, à ses frais. Pourquoi lui confier à nouveau du travail après qu’un de ses employés nous ait livré une telle « job de cochon », comme on dit ? Nous aurions préféré qu’il nous remette simplement notre argent. Mais il nous a promis de veiller personnellement à ce que le travail soit bien fait. Débordés par toutes les autres choses à faire, nous étions soulagés de ne pas avoir à trouver et payer un autre entrepreneur.

Échaudés par l’épisode de la teinture, on a choisi de laisser le bois au naturel, et d’y appliquer seulement un vernis à l’eau transparent. Depuis le début de ce projet, nous essayons de faire des choix en accord avec nos valeurs écologiques. Acheter des produits locaux, récupérer et réutiliser autant que possible certains éléments, et surtout, choisir des produits avec le moins d’impact possible sur notre santé et la planète (On a par exemple choisi d’isoler la maison avec de la mousse à base d’huile de ricin).

Pas question, donc, de faire la finition des planchers au vernis à l’huile. Le « cristal » de Varathane utilisé pendant des années dans les maisons est hautement toxique et plusieurs études ont montré qu’il s’agissait d’un produit carcinogène. Depuis le 9 septembre 2010, le gouvernement du Canada a emboîté le pas aux États-Unis et appliqué une mesure qui interdit la fabrication et l’importation au Canada de vernis excédant 350gCOV/L et interdit la vente de ces mêmes produits à partir du 9 septembre 2012. Les vernis à l’huile ont de plus fortement tendance à jaunir, masquant la couleur naturelle du bois.

Habitués de travailler avec ces produits – qui sont aussi beaucoup moins chers que les nouveaux produits au latex – depuis des années, certains entrepreneurs en finition de planchers ont fait des provisions de vernis à l’huile avant la fin de leur production et font fi de la loi en continuant de les offrir à leurs clients. Je l’ai constaté en faisant faire différentes soumissions.

Pour ma part, je ne veux rien savoir d’un produit qui requiert de vider son réfrigérateur et de quitter les lieux pendant des jours tellement il est toxique! Quand notre entrepreneur (Sam, de son prénom), nous a proposé d’utiliser un apprêt-scellant comme première couche avant le vernis, je lui ai donc fait répéter, à lui et à son employés, au moins 5 fois qu’il ne s’agissait PAS d’un produit à l’huile. Il nous a assuré qu’il utilisait les produits au latex de marque Finitec, et que l’apprêt en question ne dégageait presque aucune odeur.

Mais quand Patrick est allé jeter un coup d’œil en fin de journée après l’application dudit scellant, il a été accueilli par des vapeurs toxiques tellement fortes que ses yeux ont larmoyé. Il s’est empressé d’ouvrir les fenêtres pour aérer, mais l’odeur a persisté pendant des jours. Heureusement que notre gentil locataire du troisième était absent!

Le lendemain, Sam nous a répété que le produit utilisé n’était pas à l’huile, et que l’odeur était temporaire. Il était un peu trop tard pour s’obstiner, le produit était appliqué. Est-ce qu’on se faisait mentir en pleine face? Étions-nous trop sensibles aux odeurs? On nageait en plein inconnu.

Nous nous étions entendu avec lui que la couche finale de vernis serait appliquée plus tard, une fois nos armoires de cuisine installées, pour éviter les égratignures.

Avec la première couche de vernis appliquée, nous avons constaté (encore!!!) des marques inégales un peu partout, et même des flaques et gouttes de produit séché. Nous avons pointé ces défauts du doigt à Sam, qui nous a assuré qu’avant la couche finale, il passerait une polisseuse qui égaliserait le tout, et que la dernière couche de vernis serait appliquée impeccablement. Nous avons conclu une entente verbale : si la finition n’est pas à notre goût et les défauts ne sont pas corrigés, nous ne payons pas.

Flaque et éclaboussures de vernis séché laissées après la première couche.

Vous me voyez venir, j’imagine. La cuisine était livrée le lendemain. Pas le choix d’avancer et de se croiser les doigts pour que Sam soit digne de notre confiance. Le 22 décembre, ça y est, les armoires sont installées. La peinture est bien avancée et nous  avons travaillé d’arrache-pied pour tout ranger et nettoyer pour la couche finale de vernis. Au petit matin, les employés de Sam se pointent pour effectuer le travail. Vers 17h, nous nous rendons sur le chantier pour évaluer le travail.

Encore une «job de cochon ». Nous sommes enragés, au bord de la crise de nerf.

Maintenant, c’est difficile de savoir laquelle des trois couches (scellant, deux vernis) est en cause. Patrick appelle Sam pour lui dire, pas très gentiment, que nous lui paierons pas un sou noir pour ce travail dégueulasse. Il s’excuse profusément, arrive 15 minutes plus tard, engueule son employé au téléphone devant nous et nous promet d’être là le lendemain matin pour corriger le tout lui-même.

Le lendemain matin, Patrick et moi sommes sur place, pratiquement collés tous les deux aux talons de Sam, épiant par-dessus son épaule pendant qu’il ré-applique le vernis.

Après 150 pieds carrés, ça devient évident que la dernière couche n’arrange rien. Les marques de décoloration et les stries ne disparaîtront pas. Sablage mal fait? Scellant (à l’huile?) mal appliqué ? Sam est incapable de nous dire pourquoi le plancher est aussi moche.

Notre patience a FINALEMENT atteint sa limite. Bye, bye Sam. Prends tes cliques, tes claques et ne touche plus à rien, s’il vous plaît.

Son annonce est encore sur Kijiji. Il vous souhaite Bonne Année 2011. Nous on aimerait qu’il se fasse ch… beaucoup en 2011, et on envisage de porter plainte contre lui à la R.B.Q. Ou de le dénoncer à La Facture. Sauf qu’on a été cons et qu’on a pas de facture, justement.

Postface :

En guise de cadeau de Noël, Gerardo est descendu du ciel pour nous sauver. Gerardo, c’est l’expert en finition de planchers référé par notre tireur de joints. Il est venu constater les dégâts de Sam le 27 décembre, en plein congé des Fêtes, et s’est pointé dès le 4 janvier pour re-sabler le rez-de-chaussée et faire des retouches au deuxième (le plancher d’origine à l’étage a été trop grugé par les incompétents de Sam pour subir un autre sablage en entier). Minutieux. Honnête. Gerardo nous a confirmé que Sam nous avait escroqué en utilisant un produit à l’huile tout en nous facturant un produit au latex trois fois plus cher (Les produits au latex, ça ne sent VRAIMENT presque rien). Et grâce à lui, notre plancher a été rescapé. Merci, Gerardo.


déc 15 2010

Le fiasco

Leçons apprises d’un désastre

« Veux-tu un prix ou bedon tu veux une belle job? », m’a dit André, notre poseur de planchers. Il parlait d’un contrat de sablage, teinture et vernissage de planchers que j’hésitais à lui confier parce qu’il nous demandait 3.25$ du pied carré. Avec près de 2000 pieds carrés à faire, le calcul m’a donné le vertige. Surtout qu’on avait déjà dépensé une belle somme pour déclouer, nettoyer, re-poser et réparer le plancher existant au deuxième étage et pour acheter un magnifique parquet neuf de merisier brut pour le rez-de-chaussée.

Comme on hésitait à débourser une aussi grosse somme et qu’on aime se salir les mains, on a décidé de faire la teinture nous-mêmes et de confier le sablage préalable à un autre entrepreneur, qui nous offrait le service au prix dérisoire de 0.50$ du pied carré.

Première erreur. Nous n’avons pas dit assez clairement, paraît-il, que nous avions l’intention de faire une teinture. À la lumière du jour, le plancher post-sablage présentait donc plusieurs stries et marques qui auraient disparu en y mettant un vernis transparent mais qui ne feraient qu’être plus voyantes avec une teinture. On a donc fait revenir le sableur pour lui faire passer une polisseuse partout. 200$ de plus et une journée perdue.

Deuxième erreur. Munie d’un morceau de meriser brut, je m’étais rendue à plusieurs endroits pour aboutir à l’Entrepôt du plancher de Laval pour faire des tests de couleur. À noter ici que la teinture était déjà un  compromis au sein de mon couple car je penchais plutôt de mon côté pour un plancher blanchi (cérusé ou « whitewashed ») très scandinave. Mon chum, lui, ne voulait rien savoir d’un plancher aussi pâle. Et le merisier neuf comportait plusieurs planches tirées du cœur, et donc rougeâtres, ce qui aurait donné un effet rose pâle un peu trop années 80 à mon goût.

Bref, je cherchais une couleur brun pâle plutôt neutre (ni trop gris ni trop orangé), et je pensais avoir trouvé mon coup de cœur avec un produit italien (Carver), une teinture à l’huile naturelle sans COV, dont l’étiquette disait « Cappucino ». L’échantillon était en effet à peu près la couleur du café au lait. Facile d’application en plus, avec aucun risque de taches ou de dédoublements de couches.

Catastrophe! À l’application, c’était plutôt espresso arabica noir hyper serré. Visiblement, l’échantillon préparé par le vendeur n’était absolument pas représentatif de la couleur finale. Quand je commande un cappuccino, c’est pas un café turc que je veux.

Déjà anxieuse que ce soit trop foncé, j’avais opté pour la prévoyance et acheté plusieurs contenants d’huile neutre pour diluer au besoin la teinture. Mais même en diluant à 50%, et ensuite à 75%, c’était toujours très foncé. Certaines planches donnaient un bon résultat, mais d’autres viraient au brun orangé ou pire, buvaient la teinture inégalement et donnaient un effet moucheté pas joli du tout. Paraît que c’est normal, le merisier est un bois difficile à teindre. Mais ça, personne ne nous l’avait dit avant ce fiasco.

De plus, on voyait encore apparaître des marques affreuses laissées par la sableuse, donnant des endroits plus foncés ou plus pâles. La polisseuse n’avait pas arrangé les dégâts causés par le premier sablage.

Les taches plus foncées ne sont pas attribuables à la teinture. Ce sont les marques inégales de sablage qui ressortent. En termes de couleur, c'est la moins pire des pièces puisque le vieux plancher du deuxième était plutôt uniforme. Au rez-de-chaussée, c'était plutôt "pizza toute garnie" en termes de variations.

Question évidente : pourquoi avoir continué après la première pièce? Je ne sais pas ce qui nous a pris.

Tout au long de l’opération (à genoux pour essuyer la teinture!!!) Patrick et moi doutions du résultat. Mais on aurait dit qu’on était en transe. On voulait terminer. On espérait que ça s’arrange en séchant.  Il était tard, on était fatigués. Le lendemain, mon gentil beau-père s’était déplacé pour m’aider, et même si j’ai eu plusieurs moments de panique et de doute existentiel, j’ai continué, appuyée sur mes genoux endoloris pendant 8 heures, à appliquer cette foutue teinture laide.

À force de dévisager le plancher en se demandant si c’était vraiment affreux ou si on capotait pour rien, on était en train de devenir fous. Quand notre entrepreneur général (qui nous avait d’ailleurs déconseillé de faire ça nous-mêmes) est passé jeter un coup d’œil en soirée, on a vu sa « face de gars qui trouve ça horrible et qui ne veut pas nous décourager » et on a su. C’était laid pour vrai.

Je n’en ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain, j’ai pleuré. Beaucoup. De rage et de fatigue.

Finalement, le sablage mal fait nous a sauvé, en quelque sorte. Patrick a passé un coup de fil au sableur pour lui expliquer combien les marques étaient ressorties avec la teinture. Honnête, il est revenu sur place constater les dégâts par lui-même. Et il a tout re-sablé. À ses frais.

On a mis un vernis à l’eau transparent, fini satiné. La couleur blonde naturelle du bois ressort, et l’espace est beaucoup plus lumineux. C’est pas le plancher de mes rêves, mais ça reste dans l’esthétique scandinave et surtout, c’est mille fois plus beau que ce que c’était.

Et j’ai recommencé à dormir.

CONSEILS POUR ÉVITER LE FIASCO DE MARIE-CLAUDE :

Précisez au sableur que vous ferez une teinture. Vérifiez autant que possible la qualité du sablage à la lumière du jour.

Faites plusieurs tests de couleurs sur place, à la lumière du jour, sur plusieurs planches (au moins 4 ou 5 pieds carrés) et prenez 24 heures pour y réfléchir.

En cas de doute, arrêtez!

Faites affaire avec un professionnel expérimenté en teinture et soyez présents lorsque l’application débute afin de vous assurer que vous aimez la couleur. Ou achetez du plancher pré-teint ou pré-verni. Vous saurez exactement ce que le résultat final donnera.

Avant d’opter pour un plancher de couleur plutôt foncée, évaluez bien l’impact sur la luminosité de votre espace.


nov 30 2010

Le chemin parcouru

Je n’ai pas blogué depuis des semaines. J’avais trop peur de vous emmerder avec mes complaintes de fille-écoeurée-des-rénos-qui-fait-un-peu-chier-quand-même-de-se-plaindre-tout-le-temps. Déprimée, « à boutte », jalouse des Plateausiens qui brunchent le dimanche pendant que je me tape le Home Depot et la poussière de chantier pour la 20ème fin de semaine de suite. Je sens déjà que vous êtes contents que je me sois abstenue.

Mais il y a deux semaines, Ô Miracle, j’ai réalisé que la maison allait être é-coeu-ran-te et que tous les efforts, les chicanes de couple, les décisions interminables, l’exaspération, tout ça allait valoir la peine. Il reste des milliers de trucs à faire mais sous nos yeux, la maison est en train de prendre forme. Après des mois passés à retenir notre souffle et à se répéter d’être patients avec un grand P, on peut commencer à mesurer le chemin parcouru. Fêterons-nous Noël dans notre nouveau chez-nous? On l’espère très fort mais rien n’est moins sûr, vu que la cuisine n’est même pas installée.

En attendant, un petit voyage dans le temps, en images.

En décembre 2009, Patrick et moi avons décidé qu’on en avait marre de trimballer nos petites valises chez l’un et chez l’autre. On voulait vivre ensemble, bon. Dilemme: nous sommes tous les deux propriétaires, lui d’un triplex de Petite-Patrie, moi d’un condo du Plateau, mais ni l’un ni l’autre ne trouve l’appart de l’autre à son goût. Il n’y a pas de bureau intéressant pour moi chez lui et il n’y a pas de grande cour  pour lui chez moi. Après avoir passé 3 mois à faire d’innombrables visites en espérant dénicher un autre « plex » qui nous conviendrait à tous les deux, nous sommes arrivés aux constats suivants. 1) Les duplex et triplex à vendre dans les quartiers qui nous intéressaient étaient très chers (450 000$ et plus) et avaient besoin de rénos majeures pour convenir à nos goûts et besoins (espaces décloisonnés. lumière. plusieurs chambres). 2) Ça revenait moins cher de récupérer le 2ème étage du triplex de Patrick pour y aménager un cottage vraiment à notre goût.

Voici donc d’où on est partis, soit le plan du rez-de-chaussée et de l’appartement existant du deuxième étage.

Triplex De La Roche, RDC et 2è existants, Mars 2010

 

Et après moult tergiversations et 3 versions de plans différents, réalisés en collaboration avec notre « dream team » composé de la designer Rébecca Bourque et de l’architecte David Lavoie, on a abouti à ça. À quelques détails près, c’est le plan de la maison tel qu’exécuté.

 

Plan du Rez-de-chaussée. Hormis la petite chambre-bureau, le rangement et la salle de bain, tout le reste de l'espace est une grande aire ouverte en L, éclairé par une porte vitrée surdimensionnée d'environs 16 pieds x 8 pieds à l'arrière, s'ouvrant largement sur la terrasse et le grand jardin en été.

 

Plan de l'étage. Mon bureau se trouvera dans l'aire ouverte donnant sur l'ouverture de l'escalier. On préserve le foyer au bois existant dans le séjour, qui pourra devenir une autre chambre au besoin.

Ça, c’était sur papier. En juin, on a commencé la démolition. En juillet, les travaux. Un aperçu, étape par étape.

Le salon du rez-de-chaussée avant que les idées de grandeur ne s'emparent de nous. On aperçoit la cuisine et la porte menant au jardin à l'arrière.

Le salon, post-démolition. On aperçoit le jardin au fond. Des tonnes et des tonnes de plâtre et de lattes de bois sont sortis de là!

 

Août-Septembre. Les travaux de structure achèvent. On a coulé de nouvelles assises en béton au sous-sol, hissé de nouvelles poutres et colonnes en BC fir récupéré d'une vieille meunerie, et redressé le plancher et le plafond sur tout l'étage. Déjà, on respire, c'est ouvert!

Le gypse est monté à moitié. Il faut préparer l'ouverture pour la grande porte vitrée à l'arrière. La maison ressemble temporairement à une zone de guerre. 31 octobre 2010, il fait froid!!!

Mon look "Europe de l'Est" spécialement conçu pour donner des coups de masse dans un mur de brique avec élégance. Rassurez-vous, on avait solidifié toute la structure de l'ouverture en acier au préalable.

Finaliser le trou. Bonjour les voisins! Oui, on est un peu fous.

Livraison de la porte. A-t-on pris les bonnes mesures? Est-ce que ça va rentrer? Sueurs froides.

C'est encore plus beau que ce qu'on imaginait!! C'était le 8 novembre. Depuis, le nouveau plancher de bois francs a été installé au rez-de-chaussée et le plancher existant réparé au deuxième. Les joints de plâtre sont aussi terminés.

Deuxième étage. Août 2010. La structure est achevée, les nouvelles cloisons montées. Filage électrique terminé.

2ème étage, mi-novembre. Vue depuis mon bureau vers l'arrière de la maison. On aperçoit la céramique de la salle de bain à droite. Le plâtre achève. Les trous des anciennes cloisons qu'on voit au plancher ont depuis été impeccablement réparés par les mains magiques de notre entrepreneur.

Façade arrière, Mars 2010. Sait-on vraiment dans quoi on s'embarque?

Début novembre. En attendant la réception de la porte. 50 voyages à l'Éco-centre plus tard, Patrick a trié le bois qu'il veut conserver pour se construire un nouveau cabanon-atelier l'été prochain.

27 novembre 2010. La vieille "shed" bleue hideuse est démolie, la façade dégagée. Va-t-on nettoyer et garder une partie de la cloison en bois qui nous sépare du voisin? À voir. La cour est à nouveau pleine de détritus. Au printemps, nous allons harmoniser toutes les portes et fenêtres en noir et nous devrons réparer et peindre les balcons aussi.

Comme je disais plus haut, il reste des tonnes de trucs à faire, notamment installer la cuisine, sabler, teindre et huiler les planchers, peinturer partout et finaliser les salles de bain. Encore quelques semaines avant de pouvoir emménager, au bas mot. Va-t-on se réveiller dans notre nouvelle maison au matin du 25 décembre ? Stay tuned.


sept 29 2010

Questionnaire à choix multiples

Fait vécu.

INTÉRIEUR-SOIR

Mascouche Plomberie Liquidation

Acte II, scène 1342

Il est 20h30. Le jeune couple a sa journée dans le corps et n’a pas eu le temps de manger avant de se taper une heure de bagnole en pleine heure de pointe dans l’espoir de trouver un meilleur deal qu’à la plomberie du coin. Parce que la plomberie, mes amis, ça coûte cher. Surtout quand on ne la veut pas Made in China.

Mais revenons à notre petit couple. Fatigué, l’énergie et l’enthousiasme chutant au même rythme que le taux de sucre sanguin. La bouche un peu pâteuse et les yeux rougis par les néons. Voilà plus d’une heure que la très gentille vendeuse s’occupe d’eux, en leur expliquant des choses passionnantes comme  la différence entre un robinet de douche avec commande thermostatique et un robinet balancé. Dans le magasin, il y a 150 modèles de robinetterie. Sans parler des bases de douches, des portes coulissantes ou à pivot, des baignoires, des toilettes, des lavabos, alouette.

VENDEUSE : C’est vraiment juste un aperçu. J’en ai des milliers d’autres en catalogue, alors c’est sûr qu’on va trouver quelque chose.

ELLE : Ok… celui-là, je l’aime, mais la poignée pourrait pas être plus fine?

LUI : Me semble qu’on serait bien à Cuba.

VENDEUSE : ….. (regard incertain)

ELLE : Oui, chéri, moi aussi je suis tannée, mais c’est quoi le rapport avec le robinet, là?

LUI : Ben quoi? Le communisme a ses vertus dans une situation comme ça! À Cuba il y aurait UN modèle de robinet, UN modèle de toilette, UN modèle de douche. Tu l’aimes pas? Tant pis, y’en a pas d’autres. En 5 minutes, on aurait fini! »

ELLE : Ben oui, ce serait super, pis en sortant de notre nouvelle douche, on pourrait aussi se faire dénoncer par nos voisins pour avoir critiqué le régime castriste.

VENDEUSE : Heu. Peut-être que vous en avez assez vu pour ce soir?

***

Épilogue

Ça avance, fin septembre 2009. Le rez-de chaussée est décloisonné, la nouvelle porte s'en vient et les horribles colonnes corinthiennes s'en vont bientôt, j'ai hâte ;)

Le commentaire du chéri m’a quand même fait réfléchir. Le projet avance (voir photos), mais je suis complètement dépassée par le nombre de décisions à prendre et par la multiplicité des choix pour chacune de ces décisions. Je n’avais jamais réalisé à quel point ce projet deviendrait une suite ininterrompue de tergiversations.

Post-démolition, fin juin 2009. Poussière, bonjour!

Couloir, vue en rentrant, printemps 2009. On rêve d'abattre les murs.

Déjà, à l’étape des plans, on hésitait entre plusieurs scénarios (futur billet à ce sujet). Ensuite on a longtemps magasiné la porte-fenêtre surdimensionnée qui viendra éclairer le rez-de-chaussée (On a abouti chez Alumilex). On a aussi hésité sur le type d’isolation à privilégier (uréthane au soya giclée, finalement). Et maintenant que la finition approche, c’est dément. Sur le chantier, les ouvriers nous attendent chaque jour avec leurs listes de questions. « Des moulures ou pas? Si oui, quelle couleur? En MDF ou en bois ? Quelle largeur? La toilette, tu la veux à 15 pouces ou 18 pouces du mur? L’évier, tu le veux centré dans l’ilôt de cuisine ou sur un côté? Qu’est ce que vous prenez comme céramique?»….

Miss perfectionniste ici présente en arrache. Je sais que c’est bête et superficiel, mais ça m’empêche de dormir. Le hamster mental est sur les stéroïdes.

Il paraît que je ne suis pas la seule. Son livre remonte à quelques années, mais sa thèse tient toujours la route. En 2004, le psychologue Barry Schwartz signait The Paradox of Choice: Why More Is Less. Selon lui, l’abondance de choix (de consommation et autres) dans les sociétés occidentales nous rend en fait plus malheureux qu’autre chose. C’est qu’à force de se faire présenter une kyrielle d’options, de la confiture sur nos toasts à la voiture qu’on conduit, on finit par prendre nos décisions en pensant davantage aux choix écartés et aux opportunités potentiellement manquées qu’à l’objet qu’on a choisi. Du coup, les choses dont on s’entoure ont le parfum des regrets….

À méditer.

Pour ceux que ça intéresse, Barry Schwartz résume sa pensée en 20 minutes top chrono sur le (toujours génial) site de TED.


août 25 2010

« Slacktivist », moi?

Constat du projet de réno à ce jour? Je suis une « slacktivist ».  Comme dans: activiste qui slacke.

Au départ, j’avais des ambitions vertes, n’est-ce pas. Récupérer des matériaux. Réutiliser certains éléments clé (des armoires ou une baignoire, par exemple). Dépenser (et donc consommer) le moins possible. Il y a quelques années, j’ai même écouté religieusement les séries du Rebut Global, à Télé-Québec, où de jeunes idéalistes construisaient des maisons entièrement à partir de matériaux récupérés. J’admirais leur débrouillardise, leur créativité. Résister au rouleau compresseur de la consommation à tout crin. Vivre plus simplement.  Départager les désirs des vrais besoins. C’était bien joli, tout ça.

Déclouage du plancher de bois franc

Mais sur le terrain, mes idéaux chancellent. Entre me fendre en quatre pour trouver une manière d’utiliser des matériaux recyclés et acheter simplement du neuf, force m’est d’admettre que je penche plus souvent pour le neuf. Au grand désespoir de mon amoureux. Le membre fondateur d’Équiterre en lui a bien du mal à comprendre que je fasse des wet dreams au sujet d’une nouvelle cuisinière au gaz, par exemple. Objectivement, je sais que la question est valide: pourquoi acheter du neuf quand l’usagé fonctionne encore parfaitement bien? Mais voilà, il y a des désirs qui échappent au domaine du rationnel – en vraie foodie, je zieute les photos de cuisines luxueuses comme d’autres se vautrent dans la porno.

Et soyons honnêtes. Réutiliser, récupérer, faire des choix verts, ça coûte fréquemment plus cher. Pas tellement en matériaux. Surtout en temps : imaginez déclouer et nettoyer 1000 pieds carrés de plancher de bois franc pour ensuite le réinstaller. Prenons encore l’exemple de nos fenêtres. Pour éviter une dépense importante – et pour ne pas jeter des fenêtres encore en très bon état – on s’est dit qu’on pourrait simplement les repeindre pour les agencer aux nouvelles portes qu’on a l’intention d’acheter. Mais encore fallait-il vérifier si c’était possible de peindre des fenêtres en aluminium. Faire des recherches, passer des coups de fil, et dénicher enfin Monsieur Revêtement (c’est son vrai nom – on attend la soumission). Après, il faudra comparer le prix des travaux de peinture au prix de tout remplacer par des fenêtres neuves: d’autres recherches. Et ensuite déterminer si c’est le genre de truc qu’on pourrait faire nous-mêmes (et y passer plusieurs week-ends).

Je comprends donc parfaitement que la plupart des gens ne s’encombrent pas de tout ce questionnement et optent automatiquement pour le neuf. Cela dit, j’ai culpabilisé au max aujourd’hui en lisant cet article au sujet du mouvement des tiny houses (mini-maisons) aux États-Unis. Un peu partout au pays, des gens choisissent de vivre dans des maisons minuscules (environ 10 pieds par 8 pieds), sans eau courante et avec des toilettes à compost. La simplicité volontaire, version extrême. Apparemment, l’espace restreint force au dépouillement et ça permet aux habitants de s’élever spirituellement.

Ouais. Pensez-vous qu’il y a de la place pour une cuisinière au gaz Thermador 36 pouces dans une tiny house?

Objet de désir

PS: Plus d’info sur les tiny houses ici et ici


août 10 2010

Voyage sur la planète architecture

Le numéro d’été d’Esquisses, le magazine de l’Ordre des architectes, propose un très beau voyage en images vers plusieurs destinations architecturales dans le monde.

J’y ai contribué un article sur l’architecture contemporaine en Californie – inspiré de mon voyage à San Diego au printemps dernier – ainsi qu’un court texte sur la popularité grandissante des sites d’échange de maisons.

Esquisses s’est aussi offert un makeover extrême, grâce aux talents de e la conceptrice graphique Amélie Beaulieu.  Pour  s’en mettre plein la vue, on peut télécharger le pdf du magazine entier ici

Ma maison contre la tienne

Échanger sa maison pour voyager

Publié dans Esquisses, Été 2010

Marie-Claude Élie Morin

Les sites d’échange de maison gagnent en popularité – une recherche Web rapide permet de le constater. Des milliers de personnes à travers le monde y inscrivent leur maison dans l’espoir de trouver d’autres « échangistes » prêts à faire le troc. Un système qui permet de voyager à peu de frais – surtout en famille. Adieu, la note d’hôtel exorbitante et les trois repas par jour au resto !

Alors, ça vous dirait de passer un mois en Toscane l’an prochain ? Vous pouvez effectuer la recherche avec la destination de votre choix comme premier critère. Vous aurez ensuite à convaincre les propriétaires des vertus de votre loft du Vieux-Québec ou de votre maison en pleine forêt laurentienne. Vous pouvez aussi faire l’inverse et inscrire votre maison en spécifiant quelques préférences pour la destination d’échange. Vous attendrez ensuite de recevoir des offres. Les échanges spontanés existent, mais vaut mieux s’y prendre quelques mois à l’avance.

La plupart de ces services fonctionnent comme des agences de rencontre… pour votre maison. Moyennant des frais d’inscription (raisonnables), on peut créer une fiche et faire des recherches ciblées d’échanges potentiels. Il va sans dire que les usagers sont sélectifs. Pas question d’échanger un bungalow vétuste de banlieue contre une merveille contemporaine dans un centre urbain. Plus votre maison est attrayante (et bien présentée), plus les possibilités d’échange deviennent intéressantes. Plusieurs architectes européens et américains y inscrivent d’ailleurs leur logis.

Le système d’échange suppose évidemment que des étrangers viendront s’installer dans vos affaires. Voilà pourquoi plusieurs personnes choisissent de converser par Skype ou par téléphone à quelques reprises afin de faire connaissance. On peut aussi ranger ou retirer certains effets personnels de la maison pour protéger son intimité. Plusieurs sites d’échanges offrent également des contrats types dans lesquels on peut consigner les détails de l’échange.

Quelques sites :

www.echange-de-maison.com

www.trocmaison.com

www.echangeimmo.com

www.echangevacances.com

www.homeforexchange.com

www.greenee.com

www.homeexchange.com


juil 22 2010

Jeu de patience

Mon chum et moi, on est un peu malades. Dans les 3 derniers mois, on a: pris des vacances à San Diego, fait des boîtes chez lui et emménagé ensemble chez moi, rénové la cuisine de mon condo, et entamé un gigantesque chantier dans son ancien triplex, où on convertit le rez-de-chaussée et le deuxième en «cottage», c’est-à-dire en maison de deux étages.

Présentement, la future maison est à peu près aussi invitante qu’un fond de ruelle – voir la photo. Mais un jour, un jour… Voyez, j’essaie d’être patiente. Parce que les rénos, c’est inévitable, c’est toujours quatre fois plus long que prévu.

Prenons l’exemple de ma cuisine. J’ai éclaté de rire l’autre jour en retrouvant le petit bout de papier sur lequel mon amoureux avait gentiment détaillé toutes les étapes pour rafraîchir ma vieille cuisine en réutilisant les armoires qu’on avait l’intention d’arracher chez lui de toute façon. 25 heures de travail et des poussières, prévoyait-il, rempli d’optimisme. J’en ris encore.

J’ai passé trois semaines sans évier fonctionnel dans la cuisine, à me sentir comme Laura Ingalls qui va chercher l’eau au puits pour la Petite Maison dans la Prairie. Je vous ai dit que je travaille à temps plein de chez moi ? Ô, joie de faire la vaisselle dans la baignoire sur mon heure de lunch. Et il reste encore un tas de petits détails de finition à compléter.

Sans compter que mon voisin d’en bas, un gars adorable par ailleurs, s’est lancé dans les rénovations majeures au même moment. Pour dévier un drain encombrant chez lui, il a du faire un trou important dans le plancher entre nos deux étages. Dans la salle de bain, le trou. Les ouvriers d’en bas et moi avons donc atteint un degré d’intimité que certains couples – même très amoureux – n’auraient pas toléré. Mais ça, c’était de la petite bière en comparaison avec le chantier qu’on a entrepris dans le triplex de la Petite-Patrie.

En décembre dernier, quand on s’est pris à rêver d’avoir deux étages à nous, à fantasmer sur de grands espaces décloisonnés pour respirer et inviter les amis, et à passer des heures dans des chiffiers Excel pour voir si on avait les moyens de nos ambitions, on savait que ça prendrait du temps.

Choisir une équipe de design-architecture. Décider où mettre l’escalier. Se chicaner sur la grandeur de la salle de bain. Douter. Choisir un entrepreneur pour faire les travaux. Attendre que le locataire du deuxième déménage. Arracher avec précaution tout ce qui a de la valeur (armoires, luminaires, moulures) avant l’arrivée de l’équipe de démolition. Vendre tout ça sur lespac.com et kijiji. Valider nos plans de structure avec un ingénieur.

Mettons qu’on est loin, très loin de choisir la couleur des murs. Et comme je me réveille à l’aube avec le hamster mental à spin, en train de repasser tous les trucs à faire, les choix des matériaux, les comparaisons de prix, etc… j’ai décidé de tenir un carnet ici. Pour parler du projet, ou de tout autre sujet qui préoccupe le hamster.

Ce blogue sera aussi l’occasion de monter un portfolio vivant des articles que je publie. Ça faisait trop longtemps que j’y pensais, que j’en parlais… et qu’entre nous, je procrastinais. Et comme m’a déjà dit un prof de psycho interviewé justement pour un  article sur la procrastination : « What’s the trick to overcoming procrastination ? Start now. »

PS : Merci à Nicolas pour le coup de pied dans le derrière et les précieux conseils de geek


sept 15 2008

Exode des cerveaux – Vue de l’esprit

Tendances

Exode des cerveaux

Vue de l’esprit

Périodiquement, des cris d’alarme reviennent dans les médias, laissant croire à une fuite massive de nos plus brillants talents vers d’autres pays. Le Québec et le Canada sont-ils véritablement victimes d’un exode de cerveaux?

par Marie-Claude Élie Morin

Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 8
septembre 2008

Jean-François Dionne venait tout juste de compléter sa maîtrise en génie à l’École Polytechnique de Montréal lorsqu’il a décidé d’aller s’établir en Suisse, où il travaille maintenant pour le célèbre fabricant de montres Swatch. Le cas de Jean-François n’est pas unique. Des médecins, chercheurs, administrateurs et ingénieurs quitteraient en masse le pays. Y a-t-il péril en la demeure?

Patrice Dion, analyste chez Statistique Canada, a mené avec sa collègue Mireille Vézina une importante enquête sur l’émigration des Canadiens aux États-Unis de 2000 à 2006. «C’est très difficile de mesurer l’émigration, car les recensements nous donnent seulement un portrait de ceux qui habitent au pays», explique Patrice Dion. En prenant comme hypothèse que les États-Unis constituent la destination principale des Canadiens, les chercheurs ont consulté les données de recensement américaines les plus récentes et ont calculé le nombre de gens nés au Canada, mais vivant là-bas.

Selon les données compilées, au cours des années 1990, le nombre de Canadiens aux États-Unis a connu une augmentation jamais vue depuis le début du XXe siècle. Mais de 2000 à 2006, le nombre de personnes nées au Canada et ayant émigré aux États-Unis a connu une croissance deux fois moins rapide que la décennie précédente. «On ne peut pas dire que l’émigration des Canadiens s’est accélérée», déclare Patrice Dion.

Toutefois, parmi ceux qui sont partis chez l’oncle Sam depuis 2000, le tiers environ appartient à la tranche des 20-35 ans. «Un peu plus d’un émigrant canadien sur deux (53 %) parti aux États-Unis détient un diplôme universitaire», ajoute l’analyste. Dans la population canadienne en général, c’est un peu moins d’une personne sur quatre.

L’analyse révèle aussi que les informaticiens, les cadres, les gestionnaires et les artistes ont été particulièrement nombreux à migrer aux États-Unis entre 2000 et 2006.

Quand on se compare, on se console?

Frédéric Docquier, professeur à l’Université catholique de Louvain, a créé pour la Banque mondiale l’une des bases de données les plus importantes sur l’exode des cerveaux. Il définit un cerveau comme étant tout individu de plus de 25 ans qui a fait des études postsecondaires. La situation au Canada ne lui paraît pas préoccupante : «Je ne dirais pas que le Canada connaît un exode de cerveaux. Entre 1990 et 2000, le pourcentage de la main-d’œuvre hautement qualifiée qui a émigré est resté stable autour de 4 ou 5 %. C’est plus que la France (1,7 %), par exemple, mais beaucoup moins que le Royaume-Uni, qui voit de son côté près de 15 % de sa main-d’œuvre hautement qualifiée partir ailleurs. Pour certains pays des Caraïbes, ce taux atteint les 80 %.»

Cependant, selon M. Docquier, à mesure qu’on raffine le concept de cerveau et qu’on observe les comportements des personnes très hautement scolarisées ou spécialisées – les chercheurs en sciences et technologie, les postdoctorants –, la tendance à migrer augmente fortement, et ce, dans tous les pays du monde.

Perceptions mitigées

Au Québec, l’Ordre des ingénieurs ne compile pas de statistiques sur les départs de ses membres, mais on y est inquiet de l’exode interprovincial des ingénieurs québécois. «Je dirais qu’autour de 300 ou 400 ingénieurs nous ont quitté dans la dernière année pour gagner l’Ouest canadien. Quand on voit le ministère des Transports au Québec afficher des postes d’ingénieur à 19 $ / h pour les postes d’entrée, on ne s’étonne pas que les jeunes soient tentés d’aller gagner plus du double dans l’Ouest», relate Zaki Ghavitian, président de l’Ordre.

Toutefois, Norma Kozhaya, économiste en chef au Conseil du patronat du Québec, ne croit pas que les conditions actuelles au Québec puissent mener à un exode de nos cerveaux. «Les travailleurs d’ici ont de bons salaires et de bonnes conditions économiques, surtout depuis les baisses d’impôt accordées l’an dernier. Certains travailleurs très hautement qualifiés, qui gagnent plus d’argent, seront toujours susceptibles de partir pour des motifs fiscaux ou des possibilités d’avancement. La langue était autrefois un frein, mais alors que les Québécois parlent l’anglais en plus grand nombre, ils deviennent aussi plus mobiles», croit-elle.

Relatés dans les médias, les cas de médecins qui ont quitté le Québec ou le Canada en claquant la porte donnent l’impression que nos bons docteurs n’ont qu’une envie : partir. Or, les données les plus récentes de l’Institut canadien de l’information sur la santé (ICIS) démontrent le contraire.

«Depuis trois ans, on observe qu’il y a plus de médecins qui reviennent de l’étranger que de médecins qui quittent le Canada. Au Québec et en Ontario, la tendance est moins nette, mais ces deux provinces hébergent la majorité des écoles de médecine et plusieurs étudiants étrangers ou d’autres provinces repartent chez eux après leurs études», explique Francine-Anne Roy, gestionnaire en ressources humaines de la santé à l’ICIS. «L’exode des médecins ne nous inquiète pas en ce moment, il n’y a pas d’augmentation des départs», confirme le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins. Il déplore cependant que, dans un contexte de pénurie qui frappe presque tout l’Occident, les contraintes imposées ici aux jeunes médecins, comme l’impossibilité de choisir leur lieu de travail, en fassent toujours fuir quelques-uns.

Jean-François Thuot, président du Conseil inter­professionnel du Québec, qui regroupe tous les ordres professionnels de la province, se préoccupe plutôt de la grave pénurie de main-d’œuvre qui frappera une trentaine de professions dès 2015. «Avant de s’inquiéter de la fuite des cerveaux, il faut penser à former une relève et à améliorer l’intégration des professionnels qui nous arrivent d’ailleurs», fait-il remarquer.

Qui perd gagne

Claude Demers, président de l’Association de recherche industrielle du Québec, ne mâche pas ses mots : ceux qui se lamentent du départ de nos talents vers d’autres pays ou qui brandissent l’exode comme une menace sont des pleurnichards. «Il y aura toujours des jeunes qui voudront aller relever d’autres défis ou voir le vaste monde. C’est très souhai­table que des Québécois aillent faire des études à l’étranger, ou même qu’ils s’établissent ailleurs», dit-il.

M. Demers souligne que les Québécois nouent ainsi des contacts précieux dans le monde et deviennent ensuite de formidables têtes de pont pour l’innovation et le commerce ici. «Dans un monde global, il faut s’en réjouir. Certains pôles d’excellence seront toujours ailleurs et les cerveaux, comme les athlètes, vont là où la compétition est à son plus haut niveau.»

Le Québec n’a qu’à maintenir et développer ses propres pôles d’excellence.

Le Canada : une destination de choix au détriment des pays pauvres

L’Afrique du Sud connaît une épidémie grave de SIDA, mais ses précieux pharmaciens, qu’elle a formés à grands frais, sont la cible de campagnes de séduction de la part d’entreprises canadiennes qui souhaitent les faire venir ici. Une pratique dénoncée en janvier dernier dans un éditorial du Journal de l’Association médicale canadienne.

«C’est ce qu’on appelle du braconnage de cerveaux», commente Maurice Schiff, directeur du programme de recherche sur la migration internationale et le développement de la Banque mondiale.

Quand peut-on parler d’un réel exode? «Je dirais que lorsque plus de 25 % de la main-d’œuvre hautement qualifiée quitte le pays, c’est inquiétant, et qu’au-delà de 45 %, la situation est critique. En Afrique, c’est le cas de la Gambie, par exemple, qui en perd 63 %. Ce n’est guère mieux en Amérique centrale, et dans les Caraïbes, c’est carrément catastrophique. Plus de 80 % de la main-d’œuvre hautement qualifiée d’Haïti et de la Jamaïque habite à l’extérieur du pays», explique M. Schiff. Il ajoute que le Canada et l’Australie accueillent la plus forte proportion de ces migrants hautement scolarisés.

Frédéric Docquier, économiste à l’Université catholique de Louvain, croit pour sa part que les pays riches comme le Canada devraient éviter de recruter des professionnels provenant de pays déjà fortement affectés par des pertes dans des secteurs essentiels, comme l’éducation et la médecine. «Surtout que les immigrants très qualifiés auront souvent beaucoup de mal à s’intégrer à leur société d’accueil», ajoute-t-il.

Le Conseil interprofessionnel du Québec confirme que la moitié des demandeurs de reconnaissance doivent suivre une formation d’appoint avant de pouvoir exercer au Québec.