Le fiasco

Leçons apprises d’un désastre

« Veux-tu un prix ou bedon tu veux une belle job? », m’a dit André, notre poseur de planchers. Il parlait d’un contrat de sablage, teinture et vernissage de planchers que j’hésitais à lui confier parce qu’il nous demandait 3.25$ du pied carré. Avec près de 2000 pieds carrés à faire, le calcul m’a donné le vertige. Surtout qu’on avait déjà dépensé une belle somme pour déclouer, nettoyer, re-poser et réparer le plancher existant au deuxième étage et pour acheter un magnifique parquet neuf de merisier brut pour le rez-de-chaussée.

Comme on hésitait à débourser une aussi grosse somme et qu’on aime se salir les mains, on a décidé de faire la teinture nous-mêmes et de confier le sablage préalable à un autre entrepreneur, qui nous offrait le service au prix dérisoire de 0.50$ du pied carré.

Première erreur. Nous n’avons pas dit assez clairement, paraît-il, que nous avions l’intention de faire une teinture. À la lumière du jour, le plancher post-sablage présentait donc plusieurs stries et marques qui auraient disparu en y mettant un vernis transparent mais qui ne feraient qu’être plus voyantes avec une teinture. On a donc fait revenir le sableur pour lui faire passer une polisseuse partout. 200$ de plus et une journée perdue.

Deuxième erreur. Munie d’un morceau de meriser brut, je m’étais rendue à plusieurs endroits pour aboutir à l’Entrepôt du plancher de Laval pour faire des tests de couleur. À noter ici que la teinture était déjà un  compromis au sein de mon couple car je penchais plutôt de mon côté pour un plancher blanchi (cérusé ou « whitewashed ») très scandinave. Mon chum, lui, ne voulait rien savoir d’un plancher aussi pâle. Et le merisier neuf comportait plusieurs planches tirées du cœur, et donc rougeâtres, ce qui aurait donné un effet rose pâle un peu trop années 80 à mon goût.

Bref, je cherchais une couleur brun pâle plutôt neutre (ni trop gris ni trop orangé), et je pensais avoir trouvé mon coup de cœur avec un produit italien (Carver), une teinture à l’huile naturelle sans COV, dont l’étiquette disait « Cappucino ». L’échantillon était en effet à peu près la couleur du café au lait. Facile d’application en plus, avec aucun risque de taches ou de dédoublements de couches.

Catastrophe! À l’application, c’était plutôt espresso arabica noir hyper serré. Visiblement, l’échantillon préparé par le vendeur n’était absolument pas représentatif de la couleur finale. Quand je commande un cappuccino, c’est pas un café turc que je veux.

Déjà anxieuse que ce soit trop foncé, j’avais opté pour la prévoyance et acheté plusieurs contenants d’huile neutre pour diluer au besoin la teinture. Mais même en diluant à 50%, et ensuite à 75%, c’était toujours très foncé. Certaines planches donnaient un bon résultat, mais d’autres viraient au brun orangé ou pire, buvaient la teinture inégalement et donnaient un effet moucheté pas joli du tout. Paraît que c’est normal, le merisier est un bois difficile à teindre. Mais ça, personne ne nous l’avait dit avant ce fiasco.

De plus, on voyait encore apparaître des marques affreuses laissées par la sableuse, donnant des endroits plus foncés ou plus pâles. La polisseuse n’avait pas arrangé les dégâts causés par le premier sablage.

Les taches plus foncées ne sont pas attribuables à la teinture. Ce sont les marques inégales de sablage qui ressortent. En termes de couleur, c'est la moins pire des pièces puisque le vieux plancher du deuxième était plutôt uniforme. Au rez-de-chaussée, c'était plutôt "pizza toute garnie" en termes de variations.

Question évidente : pourquoi avoir continué après la première pièce? Je ne sais pas ce qui nous a pris.

Tout au long de l’opération (à genoux pour essuyer la teinture!!!) Patrick et moi doutions du résultat. Mais on aurait dit qu’on était en transe. On voulait terminer. On espérait que ça s’arrange en séchant.  Il était tard, on était fatigués. Le lendemain, mon gentil beau-père s’était déplacé pour m’aider, et même si j’ai eu plusieurs moments de panique et de doute existentiel, j’ai continué, appuyée sur mes genoux endoloris pendant 8 heures, à appliquer cette foutue teinture laide.

À force de dévisager le plancher en se demandant si c’était vraiment affreux ou si on capotait pour rien, on était en train de devenir fous. Quand notre entrepreneur général (qui nous avait d’ailleurs déconseillé de faire ça nous-mêmes) est passé jeter un coup d’œil en soirée, on a vu sa « face de gars qui trouve ça horrible et qui ne veut pas nous décourager » et on a su. C’était laid pour vrai.

Je n’en ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain, j’ai pleuré. Beaucoup. De rage et de fatigue.

Finalement, le sablage mal fait nous a sauvé, en quelque sorte. Patrick a passé un coup de fil au sableur pour lui expliquer combien les marques étaient ressorties avec la teinture. Honnête, il est revenu sur place constater les dégâts par lui-même. Et il a tout re-sablé. À ses frais.

On a mis un vernis à l’eau transparent, fini satiné. La couleur blonde naturelle du bois ressort, et l’espace est beaucoup plus lumineux. C’est pas le plancher de mes rêves, mais ça reste dans l’esthétique scandinave et surtout, c’est mille fois plus beau que ce que c’était.

Et j’ai recommencé à dormir.

CONSEILS POUR ÉVITER LE FIASCO DE MARIE-CLAUDE :

Précisez au sableur que vous ferez une teinture. Vérifiez autant que possible la qualité du sablage à la lumière du jour.

Faites plusieurs tests de couleurs sur place, à la lumière du jour, sur plusieurs planches (au moins 4 ou 5 pieds carrés) et prenez 24 heures pour y réfléchir.

En cas de doute, arrêtez!

Faites affaire avec un professionnel expérimenté en teinture et soyez présents lorsque l’application débute afin de vous assurer que vous aimez la couleur. Ou achetez du plancher pré-teint ou pré-verni. Vous saurez exactement ce que le résultat final donnera.

Avant d’opter pour un plancher de couleur plutôt foncée, évaluez bien l’impact sur la luminosité de votre espace.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *