Questionnaire à choix multiples

Fait vécu.

INTÉRIEUR-SOIR

Mascouche Plomberie Liquidation

Acte II, scène 1342

Il est 20h30. Le jeune couple a sa journée dans le corps et n’a pas eu le temps de manger avant de se taper une heure de bagnole en pleine heure de pointe dans l’espoir de trouver un meilleur deal qu’à la plomberie du coin. Parce que la plomberie, mes amis, ça coûte cher. Surtout quand on ne la veut pas Made in China.

Mais revenons à notre petit couple. Fatigué, l’énergie et l’enthousiasme chutant au même rythme que le taux de sucre sanguin. La bouche un peu pâteuse et les yeux rougis par les néons. Voilà plus d’une heure que la très gentille vendeuse s’occupe d’eux, en leur expliquant des choses passionnantes comme  la différence entre un robinet de douche avec commande thermostatique et un robinet balancé. Dans le magasin, il y a 150 modèles de robinetterie. Sans parler des bases de douches, des portes coulissantes ou à pivot, des baignoires, des toilettes, des lavabos, alouette.

VENDEUSE : C’est vraiment juste un aperçu. J’en ai des milliers d’autres en catalogue, alors c’est sûr qu’on va trouver quelque chose.

ELLE : Ok… celui-là, je l’aime, mais la poignée pourrait pas être plus fine?

LUI : Me semble qu’on serait bien à Cuba.

VENDEUSE : ….. (regard incertain)

ELLE : Oui, chéri, moi aussi je suis tannée, mais c’est quoi le rapport avec le robinet, là?

LUI : Ben quoi? Le communisme a ses vertus dans une situation comme ça! À Cuba il y aurait UN modèle de robinet, UN modèle de toilette, UN modèle de douche. Tu l’aimes pas? Tant pis, y’en a pas d’autres. En 5 minutes, on aurait fini! »

ELLE : Ben oui, ce serait super, pis en sortant de notre nouvelle douche, on pourrait aussi se faire dénoncer par nos voisins pour avoir critiqué le régime castriste.

VENDEUSE : Heu. Peut-être que vous en avez assez vu pour ce soir?

***

Épilogue

Ça avance, fin septembre 2009. Le rez-de chaussée est décloisonné, la nouvelle porte s'en vient et les horribles colonnes corinthiennes s'en vont bientôt, j'ai hâte 😉

Le commentaire du chéri m’a quand même fait réfléchir. Le projet avance (voir photos), mais je suis complètement dépassée par le nombre de décisions à prendre et par la multiplicité des choix pour chacune de ces décisions. Je n’avais jamais réalisé à quel point ce projet deviendrait une suite ininterrompue de tergiversations.

Post-démolition, fin juin 2009. Poussière, bonjour!
Couloir, vue en rentrant, printemps 2009. On rêve d'abattre les murs.

Déjà, à l’étape des plans, on hésitait entre plusieurs scénarios (futur billet à ce sujet). Ensuite on a longtemps magasiné la porte-fenêtre surdimensionnée qui viendra éclairer le rez-de-chaussée (On a abouti chez Alumilex). On a aussi hésité sur le type d’isolation à privilégier (uréthane au soya giclée, finalement). Et maintenant que la finition approche, c’est dément. Sur le chantier, les ouvriers nous attendent chaque jour avec leurs listes de questions. « Des moulures ou pas? Si oui, quelle couleur? En MDF ou en bois ? Quelle largeur? La toilette, tu la veux à 15 pouces ou 18 pouces du mur? L’évier, tu le veux centré dans l’ilôt de cuisine ou sur un côté? Qu’est ce que vous prenez comme céramique?»….

Miss perfectionniste ici présente en arrache. Je sais que c’est bête et superficiel, mais ça m’empêche de dormir. Le hamster mental est sur les stéroïdes.

Il paraît que je ne suis pas la seule. Son livre remonte à quelques années, mais sa thèse tient toujours la route. En 2004, le psychologue Barry Schwartz signait The Paradox of Choice: Why More Is Less. Selon lui, l’abondance de choix (de consommation et autres) dans les sociétés occidentales nous rend en fait plus malheureux qu’autre chose. C’est qu’à force de se faire présenter une kyrielle d’options, de la confiture sur nos toasts à la voiture qu’on conduit, on finit par prendre nos décisions en pensant davantage aux choix écartés et aux opportunités potentiellement manquées qu’à l’objet qu’on a choisi. Du coup, les choses dont on s’entoure ont le parfum des regrets….

À méditer.

Pour ceux que ça intéresse, Barry Schwartz résume sa pensée en 20 minutes top chrono sur le (toujours génial) site de TED.

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